Le mot est emprunté par la langue russe à celles de Sibérie. Il passe aussitôt à l’anglais. Il est employé très fréquemment dans l’histoire des religions pour désigner une homme-médecine, un agent du surnaturel. En 1944, le grand ethnologue suisse Alfred Metraux l’a appliqué à l’Amazonie.

 Indigènes de la province de Para au Brésil danse avec des masques
Indigènes de la province de Para au Brésil danse avec des masques © Getty

 Cette nouvelle acception géographique du chamanisme s’applique à une zone géographique vaste comme l’Australie ou l’Europe et à neuf pays, de la Colombie et de l’Equateur jusqu’au Surinam et à la Guyane française, avec, au cœur, le Brésil. On peut même l’étendre à des populations qui n’habitent pas précisément le bassin hydrographique du grand fleuve ni la forêt tropicale humide.

Les peuples concernés habitent une forêt qui est un autre monde fait lui-même de mondes différents. Celui  des vivants, celui des morts, celui des esprits. Celui  des hommes, celui des jaguars, celui des oiseaux. L’animisme ne conçoit pas ces mondes comme séparés. Et les êtres, involontairement ou, s’ils sont chamans, volontairement, peuvent passer d’un monde à l’autre, prenant l’apparence et même les qualités d’une autre espèce.

Les peuples dits des basses terres, étouffés jusqu’à l’agonie, maintenant menacés par les routes de la ruine, du pétrole et de l’or sont parfois devenus si peu nombreux qu’on pourrait les tenir dans un pâté de maisons. Ils auraient pu être tous réduits à rien mais leur résilience étonne souvent.  Le chamanisme en est une des explications. Les contacts et les affrontements avec les étrangers surexposaient les indiens. Les chamanes, en réadaptant les mythes, ont servi de filtres, de recours. Puisqu’il faut adopter le vocabulaire occidental, ils ont été des leaders.

Des leaders si résilients qu’aujourd’hui on voit beaucoup d’européens se mettre en quête de chamans. Quand ils ne s’improvisent pas eux-mêmes chamans. C’est la conquête à rebours. En tout cas,  le quiproquo est souvent intéressant, parfois  amusant quand il n’est pas dangereux.

Bibliographie :

Par delà nature et culture de Philippe Descola (Gallimard).

La pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss (Plon).

Anthologie du chamanisme. Cinq cents ans sur la piste du savoir de Jeremy Natby et Francis Huxley (Albin Michel).

Amazonie : Le chamane et la pensée de la forêt de Boris Wastiau (Somogy éditions d'art).

Exposition Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt du 15 juin 2019 au 19 janvier 2020 au Musée d'Histoire de Nantes. 

Exposition – Précieux poisons d'Amazonie au domaine de la Garenne Lemot du 29 mai au 1 septembre 2019.

Chants Pecaris de Simon Lopez

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