La vulgate dit qu’il n’y a pas eu de mort en mai 68. C’est inexact, il faut au moins les doigts d’une main pour les compter. A Lyon, le 24 mai, un camion fou surgit des rangs des manifestants, qui, de l’autre côté du pont va tuer le commissaire Lacroix, le coinçant contre un parapet.

Jean Kergrist en 2006
Jean Kergrist en 2006 © AFP / FRED TANNEAU

« Vous n’avez pas honte de dormir à Lyon » : Le 24 mai, les étudiants d’extrême gauche de la ville décident de faire aussi bien que ceux de Paris. Ils modifient le parcours d’une manifestation en la dirigeant vers les quais du Rhône. Pour qu’ils ne parviennent pas à la préfecture, les forces de l’ordre barrent le Pont La Fayette. Un camion fou surgit des rangs des manifestants, qui, de l’autre côté du pont va tuer le commissaire Lacroix, le coinçant contre un parapet. Personne, à ce moment, ne conteste cette version. Deux personnes, des trimards brouillés avec le langage - pas des étudiants, sont d’ailleurs rapidement arrêtées : Raton et Munch.

La vulgate dit qu’il n’y a pas eu de mort en mai. C’est inexact, il faut au moins les doigts d’une main pour les compter. Ce même 24 mai, un manifestant de 26 ans, Philippe Mathérion est tué à Paris. La version officielle dit qu’il a succombé à une blessure à l’arme blanche portée par quelqu’un qui se tenait à ses côtés. Mais n’a-t-il pas été touché par un éclat de grenade ?

Le récit dominant de la mort du commissaire Lacroix tient-il vraiment ? Il correspond en tout cas au désir du Premier ministre Georges Pompidou qui attend depuis le début des évènements celui qui lui permettrait de mettre un coin entre les manifestants et l’opinion publique. Le 28 mai, les obsèques du commissaire Lacroix, filmées par la télévision, provoquent une émotion de bon aloi pour le pouvoir.

Et pourtant, deux ans plus tard, au procès en Assises, Raton, et Munch sont acquittés. Leur avocat, cependant, a pronostiqué : « Nous ne saurons jamais ce qui s’est passé ». Quelques questions apparues au procès restent sans réponse. Lacroix est-il vraiment mort écrasé ? Ou bien faut-il accepter une autre version de sa mort ? Une autre interrogation fera même son chemin : l’autre Lacroix mort le même jour à Lyon, d’un accident, a-t-il à voir avec le commissaire ?

Mai 68 a mis des bâtons dans les roues du pouvoir mais il dérange aussi les automatismes dans la connaissance.

Programmation musicale : Michel Sardou "J'habite en France"

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