À Paris, il y a l’Académie royale des Sciences, celle qui a créé la première le rôle du savant. En être permet de garantir la qualité et l’antériorité de ses travaux. Jusqu’à cette époque, la culture scientifique et la culture littéraire se joignent encore.

Portrait de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis d'après Robert Tournières (1741)
Portrait de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis d'après Robert Tournières (1741) © Getty / ullstein bild Dtl.

Dans les années 1740, la vie intellectuelle française se partage entre Paris bien sûr et… Berlin.

Ce n’est pas qu’il faille exagérer le rôle du roi de Prusse Frédéric II. Même s’il a attiré Voltaire qui est un excellent haut-parleur et, avant lui l’extravagant mathématicien Maupertuis, son Académie de Berlin n’est que le pendant de celle de Paris. Et le débat intellectuel chez lui est somme toute réduit à sa petite cour : il n’a pas le même éclat qu’à Paris où il se joue entre davantage de protagonistes.

D’abord, à Paris, il y a l’Académie royale des Sciences, celle qui a créé la première le rôle du savant. En être permet de garantir la qualité et l’antériorité de ses travaux. Jusqu’à cette époque, la culture scientifique et la culture littéraire se joignent encore : les membres de l’Académie des sciences ont souvent des compétences dans de nombreux domaines et eux qui peuvent intervenir tous azimuts vont peu à peu être tentés de monter sur le pavois pour être mieux vus. De leur côté, ceux qui, nombreux, ne peuvent attendre la consécration de la seule Académie vont la chercher dans le public.

Elisabeth Badinter ose utiliser deux mots prémonitoires : les « intellectuels », dit-elle, s’en vont à la conquête de l’« opinion publique » qui est friande de leurs travaux, à moins que ce ne soit de leur vie, y compris la plus privée. Voltaire est l’exemple par excellence de cette nouvelle configuration : il renoncera vite à se faire élire à l’Académie des sciences puisqu’il a mille façons de faire parler de lui autrement. Si Berlin prend alors une certaine importance, c’est comme un côté de plus qui permet la construction d’un triangle : Académie des sciences de Paris, opinion publique, Berlin…

Il est étonnant de voir à quel point d’incandescence parviennent les débats dans ce cadre apparemment contraint. Maupertuis contre Cassini à la fin des années 1730, Voltaire contre Maupertuis en 1750. Etc. Plutôt que de débats, il faudrait d’ailleurs parler de combats. Combats de personnes, combats de coqs. Ce qu’on appelle l’histoire des idées se présente généralement comme un genre noble. Elle mérite en effet un récit mais pour le conduire, il faut parfois le talent et le détachement de la moraliste qu’est Elisabeth Badinter.

Programmation musicale : Frédéric II de Prusse "Sonate pour Postdam n°190"

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