Le général de Gaulle à Bayeux le 14 juin 1944
Le général de Gaulle à Bayeux le 14 juin 1944 © cc

S’adressant à Jean Moulin qui fut un grand préfet et qui entre au Panthéon en 1964, Malraux évoque les commissaires de la République qui vingt ans plus tôt en 1944 ont surgi de la France combattante : souvent issus de la haute fonction publique, ils avaient pour mission de réorganiser le pays en reconstruisant son administration. La Libération s’était faite parfois, moins qu’on ne l’a dit, par l’insurrection mais toujours dans la précipitation. Il fallait lui donner une légalité. Le gouvernement provisoire du général de Gaulle souhaitait la stabilisation, afin d’obtenir, à l’extérieur, la reconnaissance des Alliés et d’instaurer, à l’intérieur, un ordre démocratique.

Envoyé en pionnier en Normandie, « au milieu des longues plaintes des bestiaux réveillés » (Malraux !), le commissaire Coulet avait reçu pour consigne fondamentale : « débrouillez-vous ». Cependant, ses collègues et lui partaient avec un petit bagage. Raymond Aubrac transportait ainsi à Marseille un sac à patates plein de billets de banque et une collection du Journal Officiel de la République tel qu’il était publié à Alger sur un mauvais papier-éponge. Toutes les décisions publiées à Vichy s’y trouvaient corrigées, toutes les orientations de la Libération s’y laissaient voir, dans une rédaction très minutieuse et respectueuse des formes juridiques.

Quand le Journal officiel avait reparu pour la première fois en juin 1943, le responsable, le jeune Edgar Faure n’avait pas vu malice à inscrire : numéro 1. Ce qui lui avait valu les foudres du général. Il fallut inscrire : 75ème année. Le Journal Officiel était né avant même la République. A la Libération, il s’agissait après la parenthèse de Vichy de retrouver non seulement la République mais la continuité de la France.

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