Pierre Schaeffer
Pierre Schaeffer © radio-france

Au début de 1944, c’est un jeune homme de 34 ans. Il dirige le studio d’essai de la radiodiffusion nationale, Radio-Vichy mais, engagé depuis l’année précédente dans la Résistance, il prépare déjà les émissions qui, après la Libération, feront la soudure avec le nouveau monde. Ainsi, en février, s’en va-t-il, armé d’un lot de disques qu’il a prélevés sur son stock, jusqu’au château de Brangues pour interroger Paul Claudel. Le poète septuagénaire est très préoccupé par son nouveau dentier qui l’incommode. Comment va-t-il pouvoir lire ses textes ? Schaeffer lui explique que, si l’écriture est importante au micro, on n’est pas pour autant au théâtre. Tout au contraire. Le ton de la radio est confidentiel. La matérialité de la voix s’y traite autrement, dans une dynamique différente. Schaeffer, ce sera toujours cela. L’urgence : préparer les programmes de demain. La réflexion : penser les arts mécaniques en corrélation avec la culture plus ancienne, dans l’ère électronique qui s’ouvre. Et aussi l’enseignement : ce qu’il essaie de faire comprendre au vieux Claudel, il le partage pareillement avec ses compagnons car il ne conçoit le travail qu’en équipe puis avec les étudiants africains qu’il forme dans les années 1950 - car il a préparé les indépendances comme la Libération. « Soyez la voix de chacun, le lien des hommes avec d’autres hommes », disait-il. C’est un secret si simple qu’il est difficile à pratiquer. Et pour qui conçoit la radio comme un pouvoir, impossible à deviner. Le pouvoir ? Schaeffer n’a dirigé la radio que quelques jours, du 19 août au 6 septembre en tant que "chargé de mission", mais l’homme-source, c’est lui.

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