"Université populaire" - Poster de Mai 68
"Université populaire" - Poster de Mai 68 © domaine public
Comme on a pris la Bastille en 89, on a pris la parole en 68. On connaît la phrase célèbre de Michel de Certeau qui continuait ainsi : « La parole s’est répandue comme un feu et on s’est mis à discuter sur l’essentiel : la société, le bonheur, la savoir, la politique… Se passe-t-il quelque chose de comparable à la République et partout où tentent de s’organiser des Nuits debout ? La consigne la plus répandue semble être de répondre : non. Mai était un mouvement et la République ne serait que le moment terminal de la décomposition du cycle historique qu’il incarna. Alors, on était dans l’attente d’un monde meilleur alors que nous serions tous dans le brouillard, n’entrevoyant pas d’issue. Pourtant, aux rassemblements de la République, auxquels participent des historiens, il arrive que soit convoqué l’esprit de 68. Et celui de 1848. Et celui de 1789. S’il est un élément commun à ces heures chaudes, c’est qu’elles ont été animées par la jeunesse du pays. Là encore, nous sommes tentés de faire des distinguos : quoi de commun, en 1848, entre un élève de Polytechnique et un apprenti dans un atelier; en 68, entre un étudiant du Quartier latin et un OS débutant de Renault ? Et, en 2016, entre un boursier Erasmus très mobile et un décrocheur coincé dans un quartier difficile ? L’autre soir, des Nuits-deboutistes du cours Julien à Marseille s’en sont allés écouter les habitants de la cité des Flamands dans les quartiers Nord où ils n’avaient parfois jamais mis les pieds. La parole échangée permet au moins à la jeunesse d’exister autrement que sous la forme des chiffres et des statistiques de l’emploi et de l’exclusion qui, mois après mois, l’accablent. Si on regarde la France pas comme une statistique ou un budget mais comme une histoire, la jeunesse doit s’y faire mieux entendre.
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