Voilà une bonne définition de l’art brut : c’est le travail entrepris par quelques-uns pour retrouver malgré la gangue sociale le diamant que nous ne parvenons pas à extraire et sous les couches sédimentées, l’inouï que nous portons tous en nous. Son sens déterminé ou pas, le mot « art brut » s’est peu à peu répandu.

Sculptures du palais idéal du facteur Cheval à Hauterives
Sculptures du palais idéal du facteur Cheval à Hauterives © Getty / Francois LE DIASCORN

► Rediffusion du 28/11/2018

C’est Jean Dubuffet qui a fait émerger le mot « art brut  ». Allergique à toute forme inculquée d’« art culturel », il s’en était allé, en 1945, explorer dans les asiles suisses ce que quelques  internés déjà identifiés pouvaient créer de radicalement nouveau : ainsi  Wölfli enfermé pour attentat à la pudeur ou Aloïse Combaz pour propos pacifistes délirants tenus dans la rue. Mais Dubuffet était attiré aussi par les originaux, les inspirés des bords des routes, les champions du non alignement, ces hommes et femmes du commun qui produisaient du singulier. 

Le seul connu alors d’un assez vaste public, l’aïeul, était le Facteur Cheval. Dans le livre d’or des visiteurs du palais fantastique de la Drôme que le facteur construisit avec ses mains et sa brouette, on lit ceci : « Enfin, quelqu’un qui a des idées aussi folles que moi ! » Voilà une bonne définition de l’art brut : c’est le travail entrepris par quelques-uns pour retrouver malgré la gangue sociale le diamant que nous ne parvenons pas à extraire et sous les couches sédimentées, l’inouï  que nous portons tous en nous. Son sens déterminé ou pas, le mot « art brut » s’est peu à peu répandu. Il a été évidemment discuté. 

Ceux qui sont habitués par l’ « art culturel » à s’inscrire dans des catégories, ont cherché à le rapprocher et à le distinguer de ce qu’ils ont l’habitude d’appeler l’art naïf, l’art informel etc. Jean Dubuffet avait l’habitude de dire : « Ne cherchons pas plus  avant, on comprend ». Ce qu’on comprend, en tout cas, c’est que la notion est un formidable levier qui renverse les hiérarchies et permet de penser l’art autrement, à rebrousse-poil,  en le nourrissant des forces sauvages venues de l’extérieur et des étrangetés  que nous resserrons en nous-mêmes. 

Bibliographie

  • L'art brut écrit par Martine Lusardy (Citadelles et Mazenod)
  • L'art brut écrit par Emile Champenois (PUF)
  • L'art brut, un fantasme de peintre écrit par Céline Delavaux (FLAMMARION)
  • L'Art brut. L'art outsider et au-delà écrit par John Maizels (Phaidon )
  • Le Facteur Cheval. Jusqu'au bout du rêve... écrit par Nils Tavernier (FLAMMARION)
  • André Robillard, en compagnie réalisé par Henri-François Imbert

Filmographie

Aloïse réalisé par Liliane de Kermadec

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