La défaite de 40 ne désarme pas l'historien Marc Bloch. Dès l'été, il reprend la plume pour tenter d'expliquer "L'étrange défaite" - c'est le titre d'un livre qui plus tard contribuera beaucoup à sa réputation.

Portrait de l'historien et résistant Marc Bloch
Portrait de l'historien et résistant Marc Bloch © Getty / Apic

Série "La tragédie de juin 40"

En créant avec Lucien Febvre en 1928 la revue "Annales", Marc Bloch refonde l'histoire française. Son aura de médiéviste ne cesse de grandir avec les années. Ses livres de médiéviste incomparable y sont pour beaucoup mais aussi les analyses qu'il a livrées à chaud des deux guerres auxquelles il a participé.

Il faut  avouer que la profession d'historien est généralement peu aventureuse mais la génération à laquelle appartenait Bloch s'est retrouvée par deux fois sous les drapeaux - en 14 puis en 39. Bloch, lors de première guerre, était officier intermédiaire en pleine troupe et pendant la drôle de guerre, il avait été propulsé à une autre extrémité, plus proche des états-majors. La première fois, en quatre ans, il a recueilli quatre citations; la seconde, une - soit une citation par an. Il demandera d'ailleurs qu'à son enterrement, on lise, si d'aventure on les retrouve, les textes de ces citations.

Bloch, en effet, n'est pas un pacifiste. Il écrit : "Les peuples qui ne veulent pas périr et qui veulent la paix doivent comprendre que ni l'une ni l'autre de ces fins ne peuvent s'obtenir sans que le risque de la guerre soit clairement envisagé". Et quand il faut y aller, ajoute-t-il, il y va, conscient de pouvoir mourir à chaque instant. "Il n'est pas de plus grand effort que de donner sa vie et que de la donner en obtenant du sacrifice consenti le plus grand effet possible pour la patrie".

La défaite de 40 ne désarme pas Bloch. Dès l'été, il reprend la plume pour tenter d'expliquer "L'étrange défaite" - c'est le titre d'un livre qui plus tard contribuera beaucoup à sa réputation et qu'on peut rapprocher « d’A travers le désastre" de Jacques Maritain. L'historien comme le philosophe identifie nombre de causes indépendantes les unes des autres mais qui convergent; ils insistent tous deux sur les maux qui rongeaient la démocratie au long des années trente mais, concluent-ils tous deux, un peuple politiquement découragé peut ne pas être moralement atteint.

Bloch le croyait tellement qu’il entra dans la Résistance. Une de ses parentes aurait dit : "C'est curieux à son âge de reprendre le scoutisme". Dans la Résistance, Bloch retrouvait en fait une nouvelle jeunesse. Et si les actes qu'il posait étaient apparemment modestes, ils étaient du côté de la vie.

Bloch a été fusillé par les Allemands cinq jours après le débarquement. Dans son deuxième testament - il avait rédigé le premier en 1915, il disait qu'il était né juif. Il s'était aussi marié à la synagogue. Mais il ne réaffirmait ce judaïsme que devant les antisémites. Insulté comme juif, il réagissait alors en français. C'est en français qu'il avait respiré, c'est en français qu'il est mort. 

Bibliographie :

  • Marc Bloch, L'Histoire, la guerre, la résistance Édité par Annette Becker et Etienne Bloch (Gallimard)
  • L'étrange défaite de Marc Bloch (Folio Gallimard)
  • A travers le désastre de Jacques Maritain (Editions de Minuit)

Filmographie :

  • Les grandes manœuvres de Luis Bunuel

Programmation musicale :

  • Richard Wagner La chevauchée des Walkyries - réduction pour piano interprétée par Jean-Yves Thibaudet
Les invités
  • Annette BeckerHistorienne, professeur des universités à Paris Ouest Nanterre La Défense
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