A la fin difficile de sa vie et avant son triomphe posthume, Offenbach avait renoncé à compter ses trophées. Et pareillement avant lui, Daniel-François-Esprit Auber.

Offenbach à Covent Garden (Londres)
Offenbach à Covent Garden (Londres) © Getty / Robbie Jack - Corbis

Semaine spéciale "L'opéra s'amuse"

A la fin difficile de sa vie et avant son triomphe posthume, Offenbach avait renoncé à compter ses trophées. Et pareillement avant lui, Daniel François Esprit Auber, son grand prédécesseur dont la gibecière était à peine moins pleine. Opéras, opéras comiques… Pour l’un et l’autre, autant diviser l’océan par une ligne imaginaire…

Du premier, on dit qu’il inventa un genre supplémentaire, l’opérette. En réalité, les grands de la musique française se tenaient sur une même échelle sans trop s’inquiéter de savoir s’ils la montaient ou la descendaient. Ils cherchaient surtout la rénovation de leur art. C’étaient les autorités qui imposaient la différenciation. Pour le pouvoir, les scènes constituaient en effet un danger. « La Muette de Porticci » d’Auber n’avait-elle pas été le signal de la révolution et de l’indépendance belges en 1830 ? Contre l’incendie politique, il fallait des réglementations. Les inspecteurs des théâtres s’appliquaient donc à ranger les spectacles par genres mais ils ne voyaient pas que les auteurs contournaient leurs interdits. Du jeune Offenbach, ils n’acceptèrent au début que des bouffonneries et il produisit des opérettes avant de pousser les feux jusqu’à l’opéra-comique et jusqu’à l’opéra ! Vanité des classements.

Michelet disait que c’était le peuple entier qu’il fallait réunir, sans barrières. « Nous nous connaissons si peu », regrettait-il. Mais, au souci du classement des gouvernements, les groupes dominants ajoutaient recherche de la distinction sociale. Là où le mouvement des orphéons rêvait de faire jouer la « grande musique » par des amateurs, sous les kiosques, à équidistance de tous, les mélomanes affichaient leur savoir dans leurs salons où ils pratiquaient la musique à leur façon. C’est ainsi que le siècle qui avait commencé dans les guinguettes et les goguettes autour des chansons de Béranger finit avec l’apothéose du Palais-Garnier, temple du grand genre.

Offenbach, dans ce long processus de sécession sociale par la musique, c’est la proclamation de l’indistinction !

Programmation musicale :

"La dame blanche" de François Adrien Boieldieu par Le Chœur de Radio France et L'ensemble Orchestral de Paris sous la direction de Marc Minkowski (1997)

"Orphée aux enfers" d'Offenbach par Le Chœur et l'Orchestre de Paris sous la direction de René Leibowitz (1951)

"Les brigands" d'Offenbach par les Chœurs et l'Orchestre de l'Opéra de Lyon sous la direction de John Eliot Gardiner (1988)

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