1959, Franco inaugure le site de Los Caidos où il a réservé sa place pour l’éternité. Il y sera inhumé en 1975. Pendant les deux premières décennies de la nouvelle démocratie espagnole, un pacte de réconciliation décidé d’un commun accord par les franquistes et les antifranquistes, scelle la mémoire.

Tombe de Franco au mausolée d'el Valle de los Caídos
Tombe de Franco au mausolée d'el Valle de los Caídos © Getty / Pablo Blazquez Dominguez

Février 1939, un demi-million de républicains espagnols, vaincus, traversent les Pyrénées. C’est la Retirada. Le Premier ministre Pedro Sanchez est venu la commémorer à Montauban et Collioure.

1959, Franco inaugure le site de Los Caidos où il a réservé sa place pour l’éternité, il y sera inhumé en 1975

Pendant les deux premières décennies de la nouvelle démocratie espagnole, un pacte de réconciliation décidé d’un commun accord par les franquistes et les antifranquistes, scelle la mémoire. L’amnistie couvre les délits politiques commis par les uns et les autres avant décembre 1976.

Mais il est avéré dans bien des circonstances que si les plus anciens parviennent à voiler le passé, la génération des petits enfants cherche à en savoir davantage. Parvenue aux responsabilités, elle fait voter par les Cortes, en 2002, un texte qui condamne explicitement le coup d’état nationaliste de 1936.

Entre autres questions, celle de la différence de traitement entre les morts républicains et les morts franquistes va alors se poser de plus en plus crûment. « Le silence des autres », le documentaire produit par Almodovar, qui vient de sortir en France,  montre une femme nouant un bouquet de fleurs sur une rambarde d’autoroute. L’autoroute a recouvert la fosse commune où est ensevelie sa mère. La comparaison avec Los Caidos devient insupportable : le tombeau de Franco y est veillé par une communauté de bénédictions, visité par les touristes, vénéré par les pèlerins du fascisme.

Aussi Pedro Sanchez qui a fait de Los Caidos un enjeu symbolique vient-il de donner quinze jours à la famille de Franco pour trouver une autre destinée  au corps qu’il veut exhumer.

A cet instant précis, il ne suffit pas d’invoquer les effets de la longue durée

Le Premier ministre socialiste fait un calcul politique à court terme. Ultra minoritaire aux Cortes, il n’a pas même pu faire voter son budget. Les élections législatives auront lieu le 28 avril. L’exhumation du dictateur devrait lui attirer des suffrages : ce n’est pas si fréquent en Europe qu’un parti socialiste puisse espérer un progrès. 

Seulement la conjoncture politique n’est plus la même qu’au moment de la condamnation quasi unanime du franquisme en 2002. Le  bipartisme alors dominant a explosé. La Catalogne est au bord de la sécession. Vox, un nouveau parti d’extrême droite tire profit de cette nouvelle donne et va sans doute entrer aux Cortes. Lui aussi gagnera des suffrages après  la décision de Pedro Sanchez dont on se demande d’ailleurs comment elle pourra s’appliquer.

Bibliographie :

Histoires intimes de la guerre d'Espagne. La mémoire des vaincus 1936-2006 de Patrick pépin (Nouveau Monde).

Les Fosses du franquisme de Santiago Macias et Emilio Silva (Calmann-Lévy).

L'Espagne contemporaine et la question juive : Les fils renoués de la mémoire et de l'histoire de Danielle Rozenberg (Presses Universitaires du Mirail).

Programmation musicale : Chants de la guerre d'Espagne : El paso del Ebro par Rodolfo Halffter.

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