En 1908-1909, c’en est fini de la toute-puissance du sultan qui se retrouve réduit à des fonctions seulement religieuses. Les Jeunes-Turcs et le Comité Union et Progrès qui tentent de prendre la relève ne vont pas empêcher la vieille mèche de l’Empire de continuer à se consumer.

Foule devant le mausolée de Mustafa Kemal Ataturk à Ankara en 2014
Foule devant le mausolée de Mustafa Kemal Ataturk à Ankara en 2014 © Getty / Basin Foto Ajansi

En 1911, l’Italie montre les dents en Libye et l’armée d’Enver Pacha plie de suite. Serbie, Monténégro, Bulgarie, Grèce redeviennent agressives et les deux guerres balkaniques de 1912-1913  tournent à la catastrophe : ce sont les premiers signes de la brutalisation que l’Europe va connaître au long du XXème siècle.

Istanbul fait le choix de Berlin en 1914. L’armée ottomane tient bon dans la longue bataille des Dardanelles et, pour une fois, regagne des territoires aux dépens des Russes qui se retirent après leur révolution.

Mais c’est un sursis. A l’automne 1918, les dirigeants d’Union et Progrès sont en fuite, la Turquie occupée par les vainqueurs, avec au premier chef les Grecs.

Issu d’Union et Progrès, remarqué pendant la bataille des Dardanelles, Kemal va entreprendre une dernière guerre, la guerre d’indépendance. Une fois celle-ci remportée, la République est proclamée en 1923.

L’Etat se confond avec la nation turque. La tradition multi-ethnique de l’Empire est abandonnée. L’homogénéisation est en grande partie réalisée, avec le génocide des Arméniens et l’exil forcé d’un million et demi de Grecs. 

Le changement est radical. Les Français admireront très longtemps Kemal qui s’est fait appeler Atatürk, pensant qu’il reproduit la Révolution française. Dans les années 30, leur héros se tournera vers d’autres modèles, ceux des pays dictatoriaux du reste de l’ L’Europe. Le néo-ottomanisme que cultive Erdogan aujourd’hui ne s’en prend pas vraiment à l’autorité dictatoriale de cette époque. A cet égard, il est un autre Atatürk. En revanche, il regrette le laïcisme qu’il imposa : Erdogan se prend volontiers aussi  pour un nouveau sultan.

Bibliographie 

  • L'Empire ottoman au XIXe siècle de Odile Moreau (Armand Colin).
  • La Turquie dans la Grande Guerre - de l'Empire ottoman à la République de Turquie de Odile Moreau (Soteca).
  • Histoire de la Turquie contemporaine de Hamit Bozarslan (La Découverte).
  • La Turquie par Semih Vaner, Marcel Bazin, Faruk Bilici, Gérard Groc / Collectif (Fayard).
  • Turquie : retour de l’autoritarisme, sous la direction de Yohanan Benhaim, Ugur Kaya, Dilek Yankaya (revue : Confluences Méditerranée n°107, L’Harmattan).

Chant traditionnel arménien Grue d'où viens-tu ? de Komitas

Les invités
  • Odile MoreauMaîtresse de conférences HDR à l'université Paul-Valéry Montpellier III
L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.