Edmonde Charles-Roux
Edmonde Charles-Roux © MaxPPP

A Paris, elle avait longtemps pris le parti d’habiter en haut de son hôtel particulier de la rue des Saints-Pères. Le mobilier de l’étage noble, qui finit à la salle des ventes, correspondait à ce qu’on attendait d’une famille de la grande bourgeoisie traditionnelle. Les fauteuils en survivaient dissimulés sous des housses. Comme elle détestait ce qui était habituel, elle avait aménagé son perchoir à sa façon. Il lui ressemblait. Elle n’avait pas aimé que son époux Gaston Defferre étant ministre de l’Intérieur, ait été victime d’un cambriolage.

Qui s’était annoncé était en revanche reçu avec la plus grande courtoisie. Edmond , ainsi qu’on avait fini par l’appeler, portait l’uniforme qu’on attendait. Chemisier de soie, collier, cheveux tirés en arrière dans un chignon haut. Et de ses lèvres minces, sortaient des mots ciselés : « Prendrez-vous un thé ? Un chocolat ? »

Et, même si les questions étaient idiotes, elle racontait volontiers ses sept vies. L’Académie Goncourt qu’elle présida au début de ce millénaire. La guerre de l’autre siècle. Vogue et la mode. Le succès d’Oublier Palerme , il y a cinquante ans. Le cycle Chanel. Le cycle Isabelle Eberhardt. Son ami Mathieu Galey – le chroniqueur de théâtre, pas le jeune président de Radio France (on parle ici d’un autre temps) son ami Mathieu Galey donc qui était un peu langue de vipère disait : « La mécanique est si parfaite qu’on ne songe plus à lui chercher une âme. »

Tout commença à Marseille. Je descends, disait-elle, de familles provençales qui n’avaient pas cherché à conclure des alliances plus haut qu’Arles et Avignon et qui vivaient dans de grands domaines clos.

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