Excellent slavisant, Pierre Pascal rejoint en 1916 la mission militaire française qui travaille aux cotés – ou à côté – de l’armée du tsar. Et c’est la révolution. Il a 26 ans, il est loin de ses bases matérielles mais au fondement moral de sa vie.

Révolution russe : Lénine s'adresse au aux ouvriers des usines Putilov, à Petrograd en 1917
Révolution russe : Lénine s'adresse au aux ouvriers des usines Putilov, à Petrograd en 1917 © Getty / Bettman

rediffusion du 29/08/2017

C’est un fils de professeur; à Normale Supérieure, il fait partie du groupe « tala » : il va-t-à la messe. Il vit dans un monde bien encadré.

La Grande Guerre est la première rupture.

Officier fiable, compétent, courageux, il la fait apparemment sans état d’âme particulier. Excellent slavisant, il rejoint en 1916 la mission militaire française qui travaille aux cotés – ou à côté – de l’armée du tsar. Et c’est la révolution. Deuxième rupture.

Il a 26 ans, il est loin de ses bases matérielles mais au fondement moral de sa vie, depuis ses premiers voyages dans le pays, il y a le paysan russe en qui il lit un désir de liberté sans pareil au monde. Comment pourrait-il se séparer du peuple russe ? Les débats théoriques et stratégiques entre révolutionnaires lui sont étrangers. Comme le marxisme. Mais il saisit la chance providentielle qui lui est offerte de vivre avec les Russes dans l’égalité. Une égalité qu’il conçoit en chrétien.

Pour parler toujours comme la Bible, il devient le fils prodigue. Quitte à susciter le scandale et la réprobation, il rompt avec la France et choisit l’Union soviétique dont il obtient la nationalité.

Bien plus tard, il sera le maître des études slaves à la Sorbonne. Longtemps, il ne répondra aux questions de ses étudiants sur son passé que par un sourire bienveillant mais énigmatique. Enfin, à partir des années 1960, il rompra le silence.

Derrière le vieux spécialiste de Dostoïevski et de Tolstoï, il y avait un personnage de roman, un acteur qui fut totalement dévoué à la révolution et qui souffrit par elle puis un dissident invisible, enfin un témoin incomparable.

Programmation musicale : Chants paysans russes (Ovsen) de Stavinsky, interprété par le New London Chamber Ensemble, dirigé par James Wood

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