Jusqu’à la fin du XIXème, le mot « déchet » de « déchoir » était beaucoup moins utilisé qu’aujourd’hui. Il désignait seulement la quantité perdue dans l’emploi d’un produit. Un vocabulaire riche et imagé permettait en revanche de de nommer les ordures, les gadoues, les raclasses pour ce qu’elles étaient...

Camions poubelle vidant leur cargaison dans l'usine de traitement de déchets d'Ivry-sur-Seine
Camions poubelle vidant leur cargaison dans l'usine de traitement de déchets d'Ivry-sur-Seine © Getty / Francois BIBAL

Jusqu’à la fin du XIXème, le mot « déchet » de «  déchoir » était beaucoup moins utilisé qu’aujourd’hui. Il  désignait seulement  la quantité perdue dans l’emploi d’un produit. Un vocabulaire riche et imagé permettait en revanche de de nommer les ordures,  les gadoues, les raclasses pour ce qu’elles étaient : des matières qui enveloppaient bien des richesses. C’étaient des reposoirs de détritus réutilisables. Des mines de chiffons, d’os, d’azote, d’engrais. Des trésors odorants et savoureux dont la ville devait rendre compte à la terre. On raconte que, parfois, les cultivateurs, non contents de les sentir, les goutaient pour savoir ce qu’elles apporteraient à leurs fermes. Elles ne servaient d’ailleurs pas seulement à l’agriculture mais aussi bien à l’industrie. Les os de bœuf et de mouton ramassés dans les rues de Paris servaient ainsi à fabriquer des articles de Paris – peignes, manches, boutons…

A partir de la fin du XIXème, on se passa des os comme on ne se soucia plus du contenu des ordures qu’on commença à jeter dans les boites du préfet Poubelle. Cette évolution n’est pas tant une conséquence de  l’industrialisation que  d’un cloisonnement de plus en plus net entre l’industrie et l’agriculture et la ville qui, s’étalant, les éloigne, et de la découverte de nouvelles matières premières. C’est dans l’entre-deux-guerres que le mot déchet commence à désigner l’inutile qu’on doit éliminer ou abandonner dans de lointaines décharges. Encore un peu de temps et au début du XXème, les eaux usées entreront dans le même vocabulaire administratif  et technique négatifs. 

C’est un paradoxe, tout de même : c’est au moment où les villes consomment de plus en plus qu’elles prennent le pli  de perdre presqu’autant.

Bibliographie :

L'invention des déchets urbains. France 1790-1970 de Sabine Barles (Champ Vallon).

Ecologies urbaines. Sur le terrain de Sabine Barles, Nathalie Blanc, Collectif (Economica).

Les chiffonniers de Paris de Antoine Compagnon (Gallimard).

Les batailles de l'hygiène. Villes et environnement de Pasteur aux Trente Glorieuses de Stéphane Frioux (PUF).

Chanson La Complainte de la Seine par Lys Gauty.

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