Malraux, l’homme qui partit en Espagne et, au soir de sa vie, voulut constituer une brigade internationale de libération du Bangla-Desh, estimait à cent mille les « moutards » qui, en 1212, des quatre coins des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la France, se mirent en marche, pieds nus. Ils allaient vers Jérusalem, vers leur salut aussi. L’ébranlement était suffisamment panique pour qu’il ne soit pas besoin de l’exagérer : ils n’étaient pas cent mille et ce n’étaient pas des moutards. Mais des « pueri ». Des jeunes, sans doute, qui étaient dans l’innocence de l’immaturité. Mais aussi bien des gens de peu, de ceux qui gardaient les bêtes aux champs.

Quelques années auparavant, la quatrième croisade, au lieu d’aller au but, s’était arrêtée à Constantinople qu’elle avait honteusement pillée. Le pape n’avait pu empêcher les croisés d’être des hommes. Les petits, les enfants allaient prendre le relais.

A cette époque, l’hérésie cathare dans le Midi de la France et l’énergie des Arabes en Espagne provoquaient l’inquiétude. La dispersion de reliques de la vraie croix, consécutive, à la prise de Constantinople, suscitait plus d’énervement que d’apaisement. « Rends nous ta vraie croix », criaient les « pueres » qui s’élançaient vers leur destin. Sans inquiétude car le risque de la mort, et de la mort en martyrs, les mettait paradoxalement en sûreté.

La Croisade des enfants de 1212 - Gravure de Johann Jakob Kirchhoff - 1843
La Croisade des enfants de 1212 - Gravure de Johann Jakob Kirchhoff - 1843 © cc / Radio France

Photo en page d'accueil : Blue Lantern Studio/Corbis

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.