Semaine spéciale « La vie des animaux » 1/5

Marie, Joseph, l'âne et le bœuf en génuflexion devant le nourisson - Joshua Reynolds d'après Titien
Marie, Joseph, l'âne et le bœuf en génuflexion devant le nourisson - Joshua Reynolds d'après Titien © domaine public
Au hasard Balthazar…L’âne du film de Robert Bresson passant d’un maître à l’autre apprend à connaître les hommes et son statut d’intermédiaire lui donne quasi un rôle de missionnaire : il aide aussi les hommes à se connaître eux-mêmes. « J’ai voulu sanctifier l’âne », dit Bresson. Pour lui, l’animal a une place déterminante. Mais pour beaucoup de ses contemporains années 1960 qui vivaient apparemment dans le même système de références d’origine chrétienne, le rôle de l’animal dans l’économie du salut est terminé depuis longtemps : l’animal était une ébauche, peut-être, au temps de la création, mais son destin a ensuite radicalement différé. L’âne se tient dans la crèche et la question des animaux de la crèche n’est pas subsidiaire. Leur présence réconfortante au-dessus de l’enfant démuni est une invention tardive, et sans doute minoritaire par rapport à la tendance dominante au Moyen Age. La Réforme va ensuite la considérer comme une stupidité. Et c’est paradoxalement le protestantisme contemporain qui, le premier, va revaloriser le bœuf, l’âne et à dire vrai, tous leurs frères en animalité, leur redonnant un statut dans l’humanité qui leur avait été contesté. La question animale travaille à ce point les religions qu’elle suscite en leur sein des représentations diverses voire opposées, entre lesquelles les hommes glissent au rythme de pulsations qu’on pourrait dire séculaires. Sans qu’aucune ne périme complètement l’autre.
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