Les Bourbons ont puni Barcelone pour avoir choisi le mauvais parti pendant la guerre de Succession d’Espagne. Philippe V a restreint l’usage public du catalan, langue littéraire depuis le XIIIème, supprimé le Conseil des Cent, l’une des plus vieilles institutions politiques européennes.

  Les Bourbons ont puni Barcelone pour avoir choisi le mauvais parti pendant la guerre de Succession d’Espagne. Philippe V a restreint l’usage public du catalan, langue littéraire depuis le XIIIème, supprimé le Conseil des Cent, l’une des plus vieilles institutions politiques européennes. Les catalans en conçurent une rancune qui n’a pas cessé.  Longtemps, leurs enfants, lorsqu’ils allaient aux toilettes, disaient : «  « Je vais chez Felipe ».

  Mais voilà qu’un siècle et demi après la prise de Barcelone de 1714, la tutelle de Madrid se desserre. En 1854, permission est donnée d’araser les remparts. Les habitants se précipitent pour le faire eux-mêmes. Dans les années 1880, c’est la citadelle qui est abattue. Encore quelques années et, dernier signe d’affaiblissement, en 1898, Madrid perdra ses dernières colonies, au moment même où les autres puissances européennes arrondissent leur empire.

  La bourgeoisie de Barcelone a le sentiment qu’elle n’a pas plus rien  à craindre  ni à attendre de Madrid. Elle anime une ville qui va bientôt être la plus peuplée du pays, elle figure l’ancrage européen de la péninsule, elle incarne le Nord du Sud, elle se lance dans un grand mouvement d’élargissement et d’embellissement de la cité. Ce que ses artistes, à commencer par Gaudi, créent alors, dans les années qui précèdent et suivent 1900, est qualifié de « moderniste ». On pourrait tout aussi bien dire qu’ils ramènent dans le présent beaucoup d’ancien. Le modernisme à Barcelone, c’est pour une bonne  part une idéalisation de la Catalogne d’avant les Bourbons.

Programmation musicale : Flors de Maig (1915-1920, Anselm Clave, direction de Lluis Millet)

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