Le col de son habit vert sera imité de celui que Toussaint Louverture portait sur son uniforme de commandant en chef de la colonie. La colonie, c’était Saint Domingue qui, à la fin du XVIIIe, assurait une part considérable du commerce extérieur de la France et qui vivra ensuite sa propre révolution, inscrite dans la Révolution française. Première insurrection d’esclaves en 1791, première abolition de l’esclavage en 1793, tentative de rétablissement du système colonial par Bonaparte en 1802, qui échoue et, au bout du chemin, l’indépendance. Les noirs ont accompli ce qui était écrit dans la Déclaration des droits de l’homme. Haïti devient une utopie en acte, « un phare élevé dans les Antilles », dit à Paris l’abbé Grégoire.

Mais son existence est pour les puissances constituées un véritable scandale. Au Congrès de Vienne en 1815, elles réaffirment encore la souveraineté française. L’histoire exceptionnelle d’Haïti la conduit à l’isolement. Le déni de reconnaissance internationale justifie les chefs haïtiens dans leur volonté d’afficher un état fort, militarisé. Par ailleurs, l’économie ayant été modelée par le capitalisme commercial, il leur faut bien maintenir un réseau d’échanges internationaux – très inégal – avec les Anglais, les Américains et les Français. Ceux-ci imposent en 1825 un statut privilégié dans le commerce et une forte indemnité pour dédommager leurs colons.

Soumis à des contradictions insurmontables, l’état-pilote ne parviendra pas à devenir un état moderne. Fier de son histoire exceptionnelle, il est tenté de rechercher dans le passé des motifs qui dissimulent la difficile réalité présente. Il ne faut donc pas s’étonner si la récente visite de François Hollande se soit déroulée sous le signe de la défiance plus que sous celui de la reconnaissance.

Portrait d’Henri Christophe premier roi d’Haïti – 1816 © domaine public – 2015

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