Il est loin, le temps des triomphes des conservateurs britanniques qui aimaient se présenter comme le parti naturel du gouvernement. Certes il ne faut pas tirer trop de leçons rationnelles du scrutin européen au Royaume Uni : il a été, à lettre, extravagant.

Affiches du Parti conservateur à Londres en1951
Affiches du Parti conservateur à Londres en1951 © Getty / Keystone-France

Néanmoins, les conservateurs doivent admettre qu’ils ont essuyé une déroute tandis que le parti du Brexit, réactionnaire au sens premier du mot, a attiré le tiers des votants. Ils sentent la menace sur leur nuque. Les Britanniques ont beau se dire à part, l’extrême droite commence à gagner chez eux comme elle a gagné sur le continent.

C’est curieusement ce moment de l’histoire que la droite parlementaire française a choisi pour s’affirmer conservatrice. Le mot est traditionnellement mal porté chez nous. François-Xavier Bellamy et ses partisans avaient clairement choisi de le relever pendant leur campagne. En se référant sans cesse à un intellectuel  anglais old school, Roger Scruton et en répétant qu’ s’il y a quelque chose à conserver prioritairement, c’est l’héritage chrétien. Ce devait être la remontada, ce fut la debandada. Les conservateurs français ont en effet rejoint les conservateurs britanniques mais sur le seuil  de détresse -8 -9% des suffrages.

Les conservateurs français se félicitaient pourtant de la fin de ce qu’ils appellent le sinistrisme. Entendez par là le mouvement de longue durée qui faisait que les nouvelles forces politiques naissant toujours sur la gauche, les anciennes en étaient comme aimantées : on ne pouvait donc plus se dire de droite. Patrick Buisson a théorisé la nouvelle époque dans laquelle nous serions  entrés : elle serait polarisée par la demande de protection et de sécurité et donc…dextrogyre.

Encore faut-il que ce mouvement continu vers la droite puisse être arrêté par une force qui protège de l’extrémisme purement réactionnaire. C’est le rôle historique des conservateurs d’incarner cette force. Ils aiment mettre en avant l’idée de responsabilité, la leur est aujourd’hui engagée.

Bibliographie :

Les conservateurs britanniques dans la bataille des idées, 1929-1954 de Clarisse Berthezène (Presses de Sciences Po).

Conservatismes en mouvement. Une approche transnationale au XXe siècle de Clarisse Berthezène, Jean-Christian Vinel, Marc-Olivier Baruch, Alain Chatriot, Collectif (EHESS).

Les habits neufs de David Cameron. Le conservateurs britanniques (1990-2010) de Agnès Alexander-Alland (Presses de Sciences Po).

Le dictionnaire du conservatisme de Frédéric Rouvillois, Olivier Dard, Christophe Boutin (Cerf).

Vous avez dit conservateur ? de Laetitia Strauch-Bonart, Laetitia Strauch-Bonart (Cerf).

Film La dame de fer de Phyllida Lloyd.

Les invités
  • Clarisse BerthezèneProfesseure d’histoire britannique contemporaine à l’université Paris Diderot
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