C’est Jean Dubuffet qui a fait émerger le mot “art brut”. Allergique à toute forme inculquée d’“art culturel”, il s’en était allé en 1945 explorer dans les asiles suisses ce que quelques internés déjà identifiés pouvaient créer de radicalement nouveau.

Le Palais idéal du facteur Ferdinand Cheval à Hauterives
Le Palais idéal du facteur Ferdinand Cheval à Hauterives © Getty / Thierry Monasse

C’est Jean Dubuffet qui a fait émerger le mot « art brut ». Allergique à toute forme inculquée d’« art culturel », il s’en était allé, en 1945,  explorer dans les asiles suisses ce que quelques internés déjà identifiés pouvaient créer de radicalement nouveau : ainsi Wölfli enfermé pour attentat à la pudeur ou Aloïse Combaz pour propos pacifistes délirants tenus dans la rue. Mais Dubuffet était attiré aussi par les originaux, les inspirés des bords des routes, les champions du non alignement, ces hommes et femmes du commun qui produisaient du singulier. Le seul connu alors d’un assez  vaste public, l’aïeul, était le Facteur Cheval.

Dans le livre d’or des visiteurs du palais fantastique de la Drôme que le facteur construisit avec ses mains et sa brouette, on lit ceci : « Enfin, quelqu’un qui a des idées aussi folles que moi ! » Voilà une bonne définition de l’art brut : c’est le travail entrepris par quelques-uns pour retrouver malgré la gangue sociale le diamant que nous ne parvenons pas à extraire et sous les couches sédimentées, l’inouï que nous portons tous en nous.

Son sens déterminé ou pas, le mot « art brut » s’est peu à peu répandu. Il a été évidemment discuté. Ceux qui sont habitués par l’ « art culturel » à s’inscrire dans des catégories, ont cherché à le rapprocher et à le distinguer de ce qu’ils ont l’habitude d’appeler l’art naïf, l’art informel etc…

Jean Dubuffet avait l’habitude de dire : « Ne cherchons pas plus avant, on comprend ». Ce qu’on comprend, en tout cas, c’est que la notion est un formidable levier qui renverse les hiérarchies et permet de penser l’art autrement, à rebrousse-poil,  en le nourrissant des forces sauvages venues de l’extérieur et des étrangetés que nous resserrons en nous-mêmes.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.