Eric Vuillard est un lecteur de Michelet, comme de Victor Hugo. C’est depuis la foule sans nom – Michelet disait : le peuple - qu’il faut envisager l’humanité

Prise de la Bastille
Prise de la Bastille © Getty / Kean Collection

Éric Vuillard est un lecteur de Jules Michelet, comme de Victor Hugo. C’est depuis la foule sans nom – Michelet disait : le peuple - qu’il faut envisager l’humanité. Enlever à César ce qui ne lui revient pas et le donner à Michel, Victor, Louise ou Marion. Et s’ils n’ont pas laissé assez de traces, tenter néanmoins d’entrer dans leurs corps.

De grands évènements parfois rompent le silence de la foule. On ne parlera pas ici de la vie d’Éric Vuillard mais juste, cependant, cette image transmise par sa mère : il avait seulement quelques jours et celle-ci le porta sur le balcon pour qu’il voie son père sur une barricade. C’était à Lyon, en mai 1968… Le 14 juillet est une autre des dates de naissance d’Éric Vuillard. Pas la fête de la Fédération de 1790, à laquelle pensait très fort la Troisième République naissante, quand elle institua la fête nationale : Éric Vuillard aurait tendance à considérer la négociation comme une maladie. Non, le 14 juillet 1789. C’est fou, dit-il, ce que la France, alors, comptait de jeunes et Paris d’intrépides. À cent mille peut-être, à la recherche d’armes, ils se jetèrent sur la Bastille, ce monstre à huit tours qui faisait tellement d’ombre que les immeubles alentour paraissaient des cabanes.

C’est fou ce que ces jours, il y eut de bègues qui devenaient des orateurs- Éric Vuillard, ici, pense à Camille Desmoulins. Mais il songe sûrement à lui quand il ajoute : « C’est fou, le nombre de cancres qui sont devenus des écrivains ». Le 14 juillet, l’évènement a donné corps au peuple. Et à beaucoup de ses membres il a permis, au moins l’espace d’un instant, de changer de corps.

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