Naguère, on avait l’habitude de demander aux historiens si les fictions vérifiaient ce qu’on savait déjà et, du fait de la paresse des questions qui leur étaient posées, ils étaient tentés de traquer l’erreur chronologique et la licence poétique...

Scène de la prise de la bastille dans le film "Le Marquis de Saint-Évremont" (1935)
Scène de la prise de la bastille dans le film "Le Marquis de Saint-Évremont" (1935) © Getty / Archive Photos

« Nous allons à Versailles chercher notre roi »… Dans son film qui sort cette semaine, Pierre Schoeller filme à hauteur de femmes et d’hommes une petite communauté de parisiens entre 1789 et 1793. Elle vit à l’ombre de la Bastille et lorsque la forteresse a été démantelée, la lumière passe soudain. Mais la grande ombre du roi demeure. « Un peuple ET son roi »… c’est le titre choisi à dessein par de Pierre Schoeller. La première scène montre le souverain, le Jeudi-Saint, lavant et baisant les pieds des enfants pauvres. Louis XVI croit sincèrement qu’il mène son peuple vers le salut. Le jour de l’exécution, il le considère depuis l’échafaud et il demande : « Mais où est passé mon peuple, mon bon peuple ?» Les assistants se tiennent en silence, comme effrayés par la solennité du moment. Les membres de la petite communauté du film sentent qu’ils sont allés très loin -« quel orgueil, tuer le roi ! », dit une femme. Mais ce qui est fait est fait. Ce qui est tranché, ce n’est pas seulement la tête de Louis XVI, c’est un vieux lien sacré.

Un film sur la Révolution est grand dès lors que, dans la prise des Tuileries, le procès de Louis XVI et l’exécution du 21 janvier, il rend visibles la gravité des gestes posés et des mots prononcés. Le film de Schoeller, comme il y quatre-vingt ans « La Marseillaise » de Renoir, réussit ainsi le prodige de faire jubiler les esprits républicains sans blesser ceux qui respectent le souvenir de la vieille monarchie.

Naguère, on avait l’habitude de demander aux historiens si les fictions vérifiaient ce qu’on savait déjà et, du fait de la paresse des questions qui leur étaient posées, ils étaient tentés de traquer l’erreur chronologique et la licence poétique. Pour se protéger, les auteurs de fiction firent ensuite appel à des conseillers mais presque sur le mode de l’audit : il paraît même qu’il y avait un expert dans la série Versailles de Canal. Notre témoin, Guillaume Mazeau, procède autrement. Dans la préparation du film de Schoeller, il a joué un rôle modeste, parmi d’autres historiens. Dans « Ça ira. Fin de Louis », le spectacle de Joël Pommerat, qui n’a cessé d’être repris et fait école, il était là dès l’origine quand le texte se préparait par le travail commun du plateau. Avec l’intention non pas d’apporter une vérité insaisissable mais de mettre l’histoire en partage.

Le film "Un peuple et son roi" de Pierre Schoeller actuellement en salles

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