La grande transhumance a connu son apogée au milieu du XIXème : entre Lozère et Aigoual, l’été, se tenaient quelque 100000 brebis...

Deux jeunes bergers emmènent leurs chèvres au pâturage dans les Alpes - Saint-Martin-de-Belleville, juin 2013
Deux jeunes bergers emmènent leurs chèvres au pâturage dans les Alpes - Saint-Martin-de-Belleville, juin 2013 © AFP / Jean-Pierre Clatot

Puisque l’UNESCO a donné son label et inscrit les paysages agro-pastoraux des Cévennes et des Causses au patrimoine immatériel de l’UNESCO, endraillons-nous !

La draille, c’est un chemin façonné par le tricotage d’une infinité de pas, ceux des hommes et ceux des bêtes qui, poussés par la sécheresse en bas, montent en altitude chercher leur pâture. Le mot de transhumance n’apparaît en français que fin XVIIIème début XIXème, venu de l’espagnol mais dans le Languedoc, c’est une pratique immémoriale - de « nomadisme assagi », disait Fernand Braudel - qui remonte à 4000 ans au moins. Son objectif est de faire profiter le troupeau, au double sens du mot : l’engraisser, l’aider à se reproduire.

La grande transhumance a connu son apogée au milieu du XIXème : entre Lozère et Aigoual, l’été, se tenaient quelque 100000 brebis. Encadrée par des bergers que les sédentaires regardaient volontiers comme des sauvages, elle fut ensuite accusée de tous les maux de l’archaïsme. Le maillage des propriétés par les clôtures, les règlements vétérinaires, la « surveillance des fonctionnaires » - disent les bergers – ont gêné la transhumance. Surtout les nouveaux équipements routiers l’ont rendu impossible autour de beaucoup de ses nœuds historiques.

Pourtant elle résiste. Elle se met même en scène, au moment du départ, en juin, comme du retour : les fêtes de la transhumance ont de plus en plus de succès. Les bergers eux-mêmes ont changé. Ils sont entrés dans la catégorie hautement considérée des gestionnaires de la diversité. La transhumance sculptait les paysages, elle s’inscrit maintenant en eux comme en creux. Elle s’incline dans le sanctuaire des parcs naturels. Son nouvel affichage, c’est le soin. Soin des traditions, des espaces et des espèces – à condition que le loup ne revienne pas troubler ce nouvel équilibre !

Programmation musicale : La femme du berger de Amalia Rodrigues

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.