On se souvient peut-être que l’écrivain François Nourrissier avait fait de Parkinson sa compagne. Il l’appelait Miss P. Et si on nommait la schizophrénie Madame S ? Si l’envie nous en prenait, on pourrait presque lui souhaiter son anniversaire. C’est à peine si elle dépasse les cent ans.

Asile dans les années 1940 aux Etats-Unis
Asile dans les années 1940 aux Etats-Unis © Getty / Jerry Cooke

On se souvient peut-être que l’écrivain François Nourrissier avait fait de Parkinson sa compagne. Il l’appelait Miss P. Et si on nommait la  schizophrénie Madame S ?  Si l’envie nous en prenait, on pourrait presque lui souhaiter son anniversaire. C’est à peine si elle dépasse les cent ans. L’avantage avec les maladies mentales, c’est qu’elles apparaissent non seulement dans les dictionnaires de la langue mais aussi dans les classifications établies par les professionnels de la profession psychiatrique… On peut les dater dans l’échelle du temps – on serait tenté de dire : dans l’échelle des modes.

A l’époque reculée du XVIe-XVIIème siècles, un vent fort poussait la possession démoniaque

Au XIXème soufflait le zéphyr de la mélancolie - avant la brève tempête de l’hystérie. Puis Madame S vint. Elle  fit craquer les codes antécédents et exigea l’établissement d’un alphabet de signes qui n’appartînt qu’à elle. Ils étaient à la fois biologiques et psychologiques : toutes les batteries d’examens pouvaient donc être mises en branle pour elle. Qui plus est, elle présentait généralement un pronostic mauvais, ce qui était un avantage à bien des égards : les professionnels de la profession disposaient d’un temps long pour inventer les possibilités de traitement les plus variées – parfois les plus bizarres : connaissez-vous l’organothérapie, la malariathérapie ?

On sait que Madame S est l’objet de nombreuses critiques dont elle se défend en disant que les malades prouvent qu’ils le sont vraiment dès lors qu’ils veulent la quitter. Les affronts que doit essuyer  Madame S, notamment depuis les années 1970, la laissent impavide. Elle demeure en France le premier motif d’internement à plein temps. De plus, elle fait dorénavant vertu d’économie : la diffusion des neuroleptiques a permis d’économiser sur le nombre des lits psychiatriques… Il faut dire qu’elle sait que les malades interrompent souvent leur traitement et lui reviennent.

Inventerait-on d’autres combinaisons d’explications pour les maladies mentales que Madame S dirait : « A quoi bon  me faire disparaître ? » Je suis le prototype des autres maladies mentales et, de toute façon, les malades resteront !

Programmation musicale : Nijinsky de Daniel Darc

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