La société des vivants se résout mal à la mort. Aussi fait-elle, à ses côtés, une place à la société des morts. L’oraison funèbre fait le passage de vie à trépas, mais varie beaucoup au fil des époques. Et puis, les "ultima verba", derniers mots prononcés au seuil de la mort, sont devenus un genre littéraire en soi.

Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud. Paris, Musée du Louvre.
Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud. Paris, Musée du Louvre. © Hyacinthe Rigaud (Domaine Public)

(Série : La société des vivants et des morts)

Le philosophe Vladimir Jankélévitch parlait de la mort comme d’un instant , d’ailleurs difficile à déterminer. On craignait tant, autrefois, d’être enfermé vivant dans un cercueil qu’on avait mis au point plusieurs techniques pour déterminer si on était vraiment mort : le miroir qui ne devait plus s’embuer devant la bouche, le bout du doigt ne plus réagir. 

Jankélévitch pose la question suivante :

Mais une fois passé l’Instant, est-ce pour autant le Néant ?

La société des vivants s’y résout mal. Aussi fait-elle, à ses côtés, une place à la société des morts. L’oraison funèbre contribue au passage de la première à la seconde.

À Athènes, lors des funérailles des soldats morts au champ d’honneur, l’orateur rendait un hommage collectif à ses héros, invitant les citoyens survivants à suivre leur exemple. À Rome, les patriciens se plaisaient, au contraire, à défendre les qualités individuelles de leurs disparus. 

Bossuet, lui, avait des idées nettes. Il partait toujours de la Bible et soudain, rang, position sociale, posture, tout ce qui venait d’ici-bas n’était  plus rien.

Mais l’oraison funèbre, en politique, ne suppose plus, comme au temps de Bossuet, qu’on croie en Dieu ou en la vie éternelle, mais au jugement de l’Histoire et de ses peuples.

Encore un mot, le dernier, sur les ultima verba, ces paroles qu'on prononce au seuil de la mort : Bossuet, appelé au chevet d’Henriette d’Angleterre, avait observé que tout ce que disait la princesse, après avoir reçu les derniers sacrements, était court, précis, et d’un sentiment admirable.  

Les ultima verba sont appelés à devenir un genre littéraire – encore un – si le pathos et les larmes n’en troublent pas l’éclat.

Bibliographie

  • Michel Crépu, le Tombeau de Bossuet, aux éditions Grasset
  • Bossuet, Œuvres, en collection La Pléïade
  • Jankélévitch, La Mort, aux éditions Champs Flammarion

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