Car Berl, petit, mince, la bouche gourmande, la conversation fertile, la mèche sur le front s’agitant en tous sens, fut fondamentalement un séducteur et, mieux, un amoureux.

Emmanuel Berl en 1975
Emmanuel Berl en 1975 © Getty / Louis MONIER

Le « grand esprit », prévenait-il, c’est celui qui ne produit pas d’œuvre. Il est vrai qu’avec l’héritage que lui laissa sa famille, Berl put longtemps butiner sans avoir à travailler vraiment. Il choisit aussi une forme de facilité en faisant le journaliste : il dirigea au milieu des années trente l’hebdo le plus prestigieux de l’époque, Marianne.

Quelques-uns de ses livres survivent tout de même, à commencer par Silvia qui, après la Seconde Guerre, prolongea ses Recherches sur la nature de l’amour de 1923.

Car Berl, petit, mince, la bouche gourmande, la conversation fertile, la mèche sur le front s’agitant en tous sens, fut fondamentalement un séducteur et, mieux, un amoureux. Sa dispute sur ce sujet avec Proust reste fameuse. A l’inverse de l’écrivain, il soutenait que l’amour n’était pas qu’une illusion que nous entretenons pour nous rassurer. Berl vérifia son hypothèse dans le réel : le couple inattendu qu’il forma avec la chanteuse Mireille se révéla indestructible.

Dans les années 60-70, il bénéficia d’un moment de grâce. Grâce au petit Conservatoire de la chanson, il fut même entouré dans ses dernières années par… Françoise Hardy et Jacques Dutronc. Jean d’Ormesson, François Mitterrand et Patrick Modiano brûlaient de s’entretenir avec lui. Ses livres connaissaient un regain.

Il mourut dans la lumière en 1976. Mais, depuis, il est redevenu un objet de division. Dans leur récent livre de controverse, Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut se disputent âprement sur son compte. La première ne comprend pas qu’un juif ait pu, à la fin des années trente, défendre la fermeture des frontières aux réfugiés et, l’été 40, rédiger plusieurs des messages du maréchal Pétain. En revanche, Finkielkraut aime en lui celui qui n’écrit pas pour dire ce qu’il pense mais pour le savoir.

Grand écrivain mineur, Berl comprenait mieux ses adversaires que lui-même. Il savait les limites de tous les systèmes contradictoires dans lesquels il avait été tenté de s’engager. Beaucoup l’ont aimé quand, enfin cohérent, il s’engagea à ne plus s’engager.

Les Editions Radio France propose un double CD d’entretiens d’Emmanuel Berl avec Jean d’Ormesson édité dans la collection Les Grandes Heures Radio France / Ina : « Berl / Ormesson. Esprits libres »

Programmation musicale : Mireille "Lettre à un Monsieur"

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