Le mois de Ramadan est celui pendant lequel fut commencée la descente du Coran. Et le Coran dit bien que Dieu n’y exige que l’aisé; il n’y demande pas le malaisé.

Rupture du Jeûne le 27 mai à Istanbul
Rupture du Jeûne le 27 mai à Istanbul © AFP / OZAN KOSE

Le mois de Ramadan est celui pendant lequel fut commencée la descente du Coran. Et le Coran dit bien que Dieu n’y exige que l’aisé; il n’y demande pas le malaisé. Encore moins l’impossible.

Ah, vont dire certains, les médias nous parlent encore du Ramadan et, avant Pâques, ils ne nous ont pas soufflé mot du Carême ! Si on veut donc chercher des points communs entre le Ramadan et le Carême, en voici au moins un : un trop grand ascétisme peut nuire à la qualité de l’épreuve. Surtout, il ne faut pas y mettre d’ostentation. Les chrétiens ont l’habitude de moquer chez ceux qui affichent trop leur dévotion leurs « faces de carême ».

Ceci posé, le rapprochement des deux périodes de jeûne a ses limites. Chez les chrétiens, il est mesuré mais continu, hors la mi-carême, pendant 46 jours. Chez les musulmans, il est rompu chaque soir, et comment ! On pourrait presque parler de rupture du rythme alimentaire plus que de jeûne.

C’est que le Ramadan n’est pas d’abord une pénitence. A certains regards, c’est plutôt une ambiance. Si on considère par exemple les manières dont il était pratiqué pendant l’époque ottomane à Istanbul, ville-phare, on voit bien que l’atmosphère y était plus joyeuse que les mois ordinaires. C’était un moment où les enfants avaient l’impression de grandir plus vite, où les pauvres pouvaient se sentir moins pauvres, où, en somme, les cercles s’élargissaient.

Et aujourd’hui ? Les chiffres de la pratique du Ramadan seraient à la hausse. Mais les formes et le contenu changent profondément. Ce sont les sonneries des téléphones portables qui annoncent la fin du jeûne pendant lequel on se sera rassemblé autour des séries télé plus que dans la lecture réciproque du Coran. A Istanbul encore, où les quartiers résidentiels sont, le soir, dans le silence, les centres commerciaux et les grands hôtels sont devenus des lieux essentiels pour le « produit » Ramadan. La puissance du Ramadan est dans cette ductilité qui lui a permis d’entrer dans le monde internationalisé de la consommation. Le Carême, avec son caractère irréductiblement pénitentiel, ne peut plus être aujourd’hui un fait social généralisé. Le Ramadan, si !

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