Les Ulysse modernes doivent circuler entre les siècles et entre des espaces disjoints. Ils sont dans une situation plus inconfortable encore que leur modèle. Où retrouver des lieux communs ? C’est avec cette question au cœur que Carlo Ossola est parti voyager en Europe.

Carlo Ossola à Turin en 2017
Carlo Ossola à Turin en 2017 © Getty / Pacific Press

Carlo Ossola est le cofondateur des leçons du Collège de France à Aubervilliers. Interrompues maintenant, elles sont restées fameuses, notamment celle que Jean-Pierre Vernant, à la veille de sa mort, donna sur Ulysse.

Ulysse, c’est aussi un exemple constant pour Carlo Ossola. Notre troisième millénaire, dégorgeant de mémoire, ne sachant plus l’absorber, reculant alors qu’il croit avancer, a besoin de mythes qui tiennent encore ensemble le passé et le présent.

Ulysse, au long de ses tribulations, a engrangé beaucoup de connaissances mais, au final, il revient à Ithaque et retrouve femme, fils, chien et vieux lit. Son voyage confirme l’origine. Il va pouvoir vivre en repos dans sa maison, entouré des siens, dans la douce palpitation de l’amitié qui n’est pas celle des passions.

Mais aujourd’hui, peut-on encore croire avoir reçu un lieu en héritage ?

Voici une rencontre que j’ai eue à Aubervilliers. C’était non loin du métro Front Populaire, à deux pas du quartier capverdien et du quartier chinois : les métropoles juxtaposent ainsi les espaces géographiques. Va être construite ici la gigantesque bibliothèque du campus Condorcet ; est déjà construite une Maison des Sciences de l’homme. J’attends devant la porte en lisant. S’approche un jeune africain qui, lui, n’arrive pas à déchiffrer le long texto qui s’est inscrit sur son téléphone portable. Il me demande aide. Il s’agit d’une invitation à rejoindre une de ces grandes assemblées évangéliques qui se tiennent le dimanche Plaine Saint-Denis. Sans doute il y entendra dire qu’il faut respecter la Bible à la lettre et, peut-être, que la terre est plate. Les métropoles sont ainsi faites que s’y côtoient sans se parler des passants qui ne sont pas contemporains les uns aux autres. Des siècles séparent mon interlocuteur d’Aubervilliers et les lecteurs de la Maison des sciences de l’homme à la porte de laquelle il se tient.

Les Ulysse modernes doivent circuler entre les siècles et entre des espaces disjoints. Ils sont dans une situation plus inconfortable encore que leur modèle. Où retrouver des lieux communs ? C’est avec cette question au cœur que Carlo Ossola est parti voyager en Europe.

Programmation musicale : Mozart Concerto pour piano n°27 par Emil Gilels

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