Attaque meurtrière au Pakistan
Attaque meurtrière au Pakistan © Radio France

Des morts au Pakistan, comme dimanche dernier, ont-ils moins de valeur que des morts à Bruxelles ?

Des morts turcs à Ankara, comme il y a 2 semaines, moins d’intérêt que des Français assassinés simultanément en Côte d’Ivoire ?

Attaque meurtrière au Pakistan
Attaque meurtrière au Pakistan © Radio France

Des morts à Beyrouth, quantité négligeable quand c’est juste avant les attentats de Paris, comme en novembre ?

La question est récurrente dans nombre de vos courriels d’auditeurs.

Et vous avez… raison !

Même si le propos doit être nuancé (les variations sont fortes d’un média à l’autre), globalement c’est vrai !

Le traitement médiatique du terrorisme varie selon son degré d’éloignement.

Prenons l’attentat de dimanche dernier au Pakistan, qui a visé, comble de la barbarie, … des enfants.

Totalement absent des JT de 20h de TF1 dimanche et lundi.

Un seul sujet, en 10ème position dans le journal, lundi soir sur France 2.

Différence en « volume ». Et aussi en « nature » du traitement médiatique.

Un attentat à nos portes, et la couverture journalistique se concentre sur l'émotion: la douleur des victimes, les ravages de l’explosion.

Un attentat à 5000 kms, et l’article est d’abord… géopolitique, type « c’est une nouvelle conséquence de la rivalité entre les sunnites et les chiites »…

Le mort-kilomètre

Comment expliquer cette différence flagrante ?

Première explication : le terrorisme aveugle, à une telle échelle, en plein cœur de l’Europe, c’est sans précédent.

Davantage que les attentats au Moyen Orient.

Or les journalistes privilégient toujours les « faits nouveaux ».

Deuxième paramètre, les difficultés prosaïques liées à l’éloignement.

Moins de contacts et de sources pour le journaliste. Et un coût beaucoup plus élevé (avion, fixeur) pour envoyer un reporter sur place.

Mais la raison principale est tout autre: dans le « jargon » des journalistes, on parle de loi du « mort kilomètre ».

Une formule cynique pour traduire l’un des aspects de la « nature humaine » : la mort d’un proche nous touche généralement davantage que la mort d’un étranger.

Et de ce point de vue, on a les médias que l’on mérite.

Le quotidien britannique The Guardian relève cette semaine que l’attentat de Lahore au Pakistan a beau avoir été mis en Une du journal, ce n’est pas l’article le plus lu, et de beaucoup.

Dans un contexte où les médias sont dépendants de l’audience, l’intérêt tout relatif du public pour l’attentat lointain, pousse à une couverture modeste.

Ce mécanisme n’est pas sans conséquences. D’un côté, en résumant le terrorisme éloigné à un fait abstrait, on alimente des amalgames stupides du type « au Proche et au Moyen Orient, ils sont violents par définition ».

De l’autre côté, on renforce un traitement incessant et spectaculaire des attentats « chez nous ».

Avec à la clé, une addiction à l’image violente, un trauma psychique, où l’on se retrouve hébété, à regarder en boucle des images d’un hall d’aéroport ravagé.

Avec le risque de voir l’émotion prendre le pas… sur la raison…

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