La couverture journalistique du déplacement d'Emmanuel Macron au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Ghana, est révélatrice d'un certain nombre de stéréotypes sur la vision médiatique dominante du continent africain.

Le président camerounais Paul Biya avec Emmanuel Macron au sommet d'Abidjan
Le président camerounais Paul Biya avec Emmanuel Macron au sommet d'Abidjan © Maxppp / BALLESTEROS/EPA/Newscom/MaxPPP

Président. Afrique.

De ces deux mots, quel est à votre avis celui qui intéresse le plus les médias français ?!

Allez, je vous donne un indice…  Quand Emmanuel Macron se rend (comme c’était le cas cette semaine), au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, et au Ghana, les grands médias français (pour la plupart), font le choix de confier la couverture de ce déplacement à leurs journalistes… politiques.

Pas tous, certains, comme France Inter ou Le Figaro, ont préféré envoyer un reporter spécialiste des questions internationales. Mais globalement, donc, plutôt des journalistes politiques.

Ce choix éditorial est évidemment respectable mais il nous dit que dans le sujet « Macron en Afrique », l’important… c’est Macron. Macron a dit, Macron n’a pas dit, Macron a bien fait, Macron a commis une bourde, Macron a été bien accueilli, mal accueilli, etc. 

C’est révélateur : ce qui souvent, nous intéresse journalistiquement en Afrique, c’est… nous même… : les investissements économiques que nous y faisons, ou les guerres que nous y menons, même si elles peuvent aussi avoir pour but de protéger les populations africaines.

Ajoutons que le regard des médias hexagonaux se porte presque exclusivement sur l’Afrique de l’Ouest, autrement dit… les anciennes colonies françaises ! On aura plus de mal à trouver un reportage sur le Nigeria, la Tanzanie ou le Botswana. 

55 pays différents

Autre pratique révélatrice, la généralisation…

Dire ou écrire « Le Président en Afrique », c’est bien dire qu’il y a… UNE Afrique ! Homogène. 

Auquel cas, évidemment, il devient logique de conduire une… « politique Africaine ».

Arrêtons-nous là-dessus. Quelqu’un a-t-il jamais entendu parler d’une « politique Asiatique » ou d’une « politique sud-Américaine » ? La réponse est Non.

Alors pourquoi une « politique Africaine » ?  Alors que l’Afrique, aujourd’hui, c’est 55 pays différents, presque autant de langues, et 1 milliard 200 millions d’habitants, 20 fois la France !

Notons-le au passage : c’est l’un des mérites du discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou que d’avoir relevé combien ce continent est, « pluriel et multiple ».

Ce stéréotype journalistique serait sans conséquence si son corollaire immédiat n’était d’associer l’Afrique (dans sa totalité) à des catastrophes en série : guerres, putschs militaires et épidémies.

Qui en France sait que le Ghana, dernier pays visité par Emmanuel Macron hier, est un modèle d’alternance démocratique ?

Un manque de journalistes spécialisés 

Cette tentation fourretout peut relever d’une forme de néo-colonialisme, si elle est volontaire.

Mais elle est sans doute davantage le reflet d’une ignorance, d’un déficit de connaissance. 

Peu de médias français possèdent de vrais spécialistes de l’Afrique, ou a fortiori un réseau de correspondants sur place, à l’exception de Radio France Internationale. Citons aussi quelques journalistes reconnus, par exemple Vincent Hugeux, Laurent Larcher ou Thomas Hofnung.

Emmanuel Macron est allé dire au Burkina Faso que, je cite, « il n’y a plus de politique africaine de la France ». Dont acte. La suite dira si c’est effectivement le cas. 

Mais en tout état de cause, il y a encore « une vision médiatique de l’Afrique »

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