La nomination du journaliste Bruno Roger Petit comme porte-parole de l'Elysée a réactivé le débat sur la connivence entre la presse et le pouvoir. A raison ou à tort ?

Il a donc un nouveau boulot ! Je ne sais pas s’il a déjà embauché, à l’heure qu’il est.

Mais c’est donc… aujourd’hui, 1er septembre, que notre ex-confrère Bruno Roger Petit démarre sa nouvelle vie… Porte-parole de l’Elysée.

Et l’annonce de sa nomination, mardi, a suscité un torrent médiatique : débats sur les chaines d’information continue, pleines pages dans la presse écrite, marée de commentaires sur les réseaux sociaux, etc.

Pourquoi autant d’encre et de salive ? D’abord, c'est une petite victoire pour la presse.

Médias 1 – Macron 0. C’est l’incarnation de la volte-face de la communication présidentielle.

L’épisode Jupiter est derrière nous, l’Elysée a compris qu’en 2017 on ne peut PAS gouverner sans les médias, en les mettant à distance. Bien tenté. Mais raté. La désignation d’un journaliste comme porte-parole en est l’aveu parfait.

Ensuite, il y a, comme souvent, une dimension narcissique dans cette abondance de commentaires. Les journalistes adorent parler… des journalistes…

D’autant que c’est un microcosme…. En l’occurrence, nous sommes nombreux à avoir déjà croisé le chemin professionnel de Bruno Roger-Petit…

Troisième paramètre, l’inquiétude. La presse est inquiète. Inquiète, non sans raison, de sa perte de crédibilité progressive auprès du public. De nombreux articles ont donc fustigé cette nomination, sur le thème : c’est un nouveau coup dur, un symbole terrible de la connivence journalistes – pouvoir, journalistes- Macron.

Journaliste le jour, conseiller du Prince la nuit

A première vue, c'est vrai que ça fait mélange des genres. Sauf que précisément, non.

En l’occurrence, donnons ce crédit à Bruno Roger Petit : il ne mélange pas les genres.

Ou du moins, à partir de ce matin, il ne les mélange plus ! C’est clair : il n’est plus journaliste. Il est porte-parole de l’Elysée.

Deuxième observation : on fait mine de découvrir la Lune ! Avant lui, bien d’autres ont fait ce choix, de Catherine Pégard pour Nicolas Sarkozy à Claude Sérillon pour François Hollande en passant par Françoise Degois pour Ségolène Royal. Ce sont des parcours personnels, respectables dès l’instant où ils sont transparents.

Et ce sont des cas rares, rapportés aux quelques 35.000 journalistes français.

Il y avait donc quelque chose de troublant à lire toute cette prose fustigeant Bruno Roger Petit.

Comme si le critiquer pouvait servir de sauf-conduit : une auto-attribution d’un certificat d’indépendance journalistique.

Le soupçon de connivence qui pèse sur la presse a bien un lien avec le mélange des genres.

Mais les mélanger, me semble-t-il, ce n’est pas être porte-parole. C’est être… Janus : journaliste le jour, et conseiller du Prince la nuit. Et ça arrive. Et à ce moment là, on n’est plus en situation, sur la loi travail, les retraites, ou la politique de Défense, de poser les questions qui fâchent…

Ces questions auxquelles, justement, l’Elysée doit trouver des réponses.

Allez, monsieur le porte-parole, au boulot, c’est l’heure d’embaucher !!

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