Après François Fillon, Richard Ferrand. Y-a-t-il acharnement médiatique ? Cette critique n'est pas sans fondement.

L'affaire Richard Ferrand, l'occasion pour la presse de revendiquer son indépendance ?
L'affaire Richard Ferrand, l'occasion pour la presse de revendiquer son indépendance ? © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

La critique monte. Et elle n’est pas sans fondement. Pour tout dire, il n’y a pas que de nobles causes dans la mobilisation médiatique sur le dossier Ferrand.

D’abord, (Thomas Legrand le relevait ici hier matin), une partie de la presse (souvent soupçonnée de « Macron philie ») y voit une occasion rêvée de revendiquer sa liberté de pensée vis-à-vis du Président. Il y a même un petit air de revanche, face à la volonté affichée d’Emmanuel Macron de limiter ses confidences aux journalistes, à l’opposé de son prédécesseur.

Ajoutons-y le principe de « l’arroseur… arrosé » : le nouveau pouvoir fait du « je lave plus blanc que blanc »… la clé de voûte de sa légitimité. Il est donc tentant de chercher la tâche qui dément cette blancheur immaculée de vertu politique.

Et puis (c’est peut-être plus inconscient), la presse est elle aussi désireuse de se refaire une virginité, vu la défiance dont elle est l’objet. Parfois à juste titre. C’est comme dans tous les métiers, les journalistes ne sont pas tous des modèles de probité. Le conflit d’intérêts ça existe aussi dans les médias.

Dernier paramètre, un classique: le « tourbillon » du mimétisme médiatique… Et voilà le sujet en Une partout !

Certains ingrédients de cette montée en mayonnaise ont donc un goût douteux. Et la mayonnaise finale elle-même possède un drôle de parfum.

Pour l’instant, nous sommes en effet essentiellement en présence d’une affaire de morale. Est-ce aux médias de fixer les frontières de la vertu ? Ca se discute ! Donc oui la presse va peut-être trop loin dans l’affaire Ferrand…

Une boussole démocratique

Sauf que… l’inverse ce serait pire ! Mieux vaut trop loin que… pas assez loin.

C’est parce qu’elle a souvent fermé les yeux sur les pratiques d’une partie de sa classe dirigeante que la société française a ouvert la porte au populisme. Bien pire que de trop enquêter, ne pas enquêter. Ne pas fouiller.

Il y a des faits troublants dans ce dossier, le plus troublant étant sans doute la confusion des genres entre l’homme public et la défense d’intérêts privés… Quand, devenu député mais encore rémunéré par les Mutuelles de Bretagne, Richard Ferrand défendait une proposition de loi… sur les mutuelles.

D’ailleurs sans la presse, il n’y aurait visiblement pas eu d’ouverture d’enquête préliminaire. Preuve de l’utilité journalistique.

Puisse néanmoins cette soif de mettre fin aux conflits d’intérêt et aux mélanges des genres… ne pas s’arrêter avec l’affaire Ferrand, mais bien devenir la boussole de notre vie démocratique. Ca nécessite de changer de logiciel. Dans le monde politique. Dans la presse. Et dans la société française tout entière.

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