Benzema alimente la polémique
Benzema alimente la polémique ©

Entre attraction et répulsion.

Les médias ont réagi de façon très hétérogène cette semaine devant la nouvelle « affaire Benzema ».

L’attaquant madrilène, on le rappelle, soupçonne Didier Deschamps d’avoir cédé à « une partie raciste de la France », en renonçant à le sélectionner.

Première option : la politique… de l’autruche ! Grands JT de TF1 et France 2. Quasiment pas un mot !

"Pas touche aux Bleus", encore moins s’il y a un soupçon de racisme.

Tabou et poule aux œufs d’or.

Silence.

Deuxième attitude, à l’opposé : les réseaux sociaux. Plusieurs centaines de milliers de tweets en quelques heures, les uns pour, les autres contre.

Football, sexe, politique, racisme, le mélange idéal pour Internet.

Troisième option : les critiques en série des éditorialistes de la presse écrite. Abondantes. Souvent argumentées sur le fond.

Mais trainant un relent de jalousie : Benzema a choisi de recevoir, à Lyon, un journal espagnol pour cet entretien, pas un journal français.

Et trainant aussi un relent de stigmatisation : la presse française entretient des rapports complexes avec Benzema, avec son côté capuche sur la tête, gosse de banlieue qui ne chante pas la Marseillaise.

Il n’est pas « politiquement correct ».

Quatrième et dernière attitude : l’embarras.

Comment éviter la caricature, sans faire le jeu des obsessionnels de l’identité, qu’ils soient racistes ou antiracistes…

Comment dire dans le même reportage que Benzema est à côté de la plaque. Mais que la ghettoïsation existe bien dans la société française.

La nuance, c’est toujours compliqué dans le journalisme.

Un mirage Black Blanc Beur

Plus globalement, cet épisode est révélateur du rapport de la presse au football.

Un rapport excessif. Ce sport en lui-même fait l’objet d’un investissement politique et social… déraisonnable !

Et les médias en sont le vecteur principal.

On demande au football d’être à la fois un ciment social, une incarnation de la Nation et une solution aux problèmes.

Depuis l’illusion mythologique du Black Blanc Beur de 1998, un mirage artificiel construit de toutes pièces, le foot a été pris en otage par les politiques.

Instrumentalisé dans une vision ethnicisée de la société. Oublié, le sport.

Il n’y a pas que le football… Il y a…les footballeurs, qui font l’objet d’un surinvestissement médiatique.

Des hommes jeunes, parfois parvenus et propulsés sans préparation dans le star system, prisonniers d’un univers pollué par l’argent et le narcissisme, a fortiori à l’heure des réseaux sociaux.

Pourquoi leur tendre un micro pour les faire parler de leur vision de la société et les embarquer dans une chambre d’écho incontrôlable ?

Et si on se contentait de les prendre pour ce qu’ils sont : des artistes du jeu, dont la chorégraphie parfois touche à la beauté.

C’est déjà beaucoup.

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