Le Super Tuesday, le Super mardi électoral américain, a fait la Une… partout.

Meeting Donald Trump New Hampshire 14
Meeting Donald Trump New Hampshire 14 © Radio France / Giv Anquetil

Un avant-goût de ce qui nous attend à l’automne, lors du scrutin final, le 8 novembre prochain.

Tous les 4 ans, l’espace journalistique mondial est saturé par cette campagne américaine, suivie pied à pied, primaire après primaire.

Cette énorme couverture s’explique évidemment d’abord par la domination mondiale des Etats-Unis en particulier sur les valeurs symboliques, le « soft power ». Elle s’explique aussi, plus spécifiquement en France, par notre relation complexe aux Etats-Unis : un mélange de fascination et de rivalité, de jalousie et de condescendance. L’abondance de la couverture tient enfin au caractère feuilletonesque de ce scrutin. Neuf mois de vote échelonné, semaine après semaine.

Quelque part entre la série télévisée à suspense et l’épreuve sportive par étapes. Avec ses surprises, ses rebondissements, ses échappées, ses coups de fringale, etc.

Le feuilleton à suspense, c’est toujours un bon ingrédient journalistique.

Hillary à gauche ?

La couverture est donc abondante, mais elle n’est pas neutre…

C’est le second point. La presse européenne ne peut s’empêcher de… juger les Américains.

Ce n’est pas tant perceptible dans les reportages, souvent fournis et passionnants, que dans les éditoriaux, régulièrement orientés.

En fait, les médias français regardent le scrutin américain avec une grille de lecture inadéquate, souvent…. franco-centrée.

En utilisant en particulier un curseur gauche-droite, qui n’a guère de sens aux Etats-Unis.

Prenons un exemple. Si on plaque cette grille de lecture européenne, Hillary Clinton est à gauche. Et pourtant, elle a sans doute beaucoup plus à voir avec Alain Juppé qu’avec Martine Aubry.

L’autre paramètre, c’est comme un refus obstiné de comprendre que les Etats-Unis fonctionnent différemment.

Oui, le show et la société du spectacle y sont essentiels. Oui, on peut sortir de nulle part, et soudain faire carrière en politique.

Oui, l’argent y est déterminant dans les campagnes.

Et c’est donc à chaque fois la même histoire.

Sur tous ces points, on a l’air de découvrir la Lune. Tous les 4 ans…

Cow boy ou Bobo

Cela dit, il y a une vraie différence de réaction selon d’où vient la surprise.

Quand le coup de théâtre se passe côté démocrate, on pense à Obama ou à Kennedy, la presse européenne crie au « génie américain ».

Quand le coup de théâtre se passe côté républicain, on pense à Reagan, Bush Junior ou aujourd’hui Trump, la presse européenne pousse des cris d’orfraie sur le thème, pardonnez la trivialité : « ah mais ils sont vraiment trop crétins ces Américains… On voit bien que ce n’est pas une vieille démocratie »…

En fait, la presse européenne ne pense pas « rêve américain » mais « rêve européen » et elle est dérangée quand le président américain est… trop… américain…

Trop… cow-boy…

Pas assez bobo…

Et c’est toujours difficile de comprendre un pays, quand on le regarde avec un a priori condescendant et ethnocentré !

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