Pourquoi montrer cette image ?

D’abord parce que la mort d’un enfant, c’est l’échec de l’Humanité tout entière. C’est la douleur universelle. Kim Phuc au Viet Nam en 1972, Mohammed al Durah lors de la seconde Intifada en septembre 2000.

Mais des photos d’enfants morts, c’est malheureusement banal dans les guerres ou les naufrages de réfugiés.

Un enfant syrien mort sur une place de Turquie à la une de la presse britannique
Un enfant syrien mort sur une place de Turquie à la une de la presse britannique © MaxPPP / Dogan News Agency

Si cette image fait la Une, c’est parce qu’il y a quelque chose de plus dans le « corps d’Aylan ».

En premier lieu, l’image est d’une simplicité saisissante. Le cadavre du petit bonhomme en tee shirt rouge rejeté par les flots. Immobile.

Un dormeur du Val, sur une plage turque.

Et puis cette photo frappe parce qu’elle nous parvient à un instant politique précis. L’instant où, face à cette crise, l’Europe se fissure sur la question des valeurs qui l’ont fondée.

Enfin, il y a le rôle clé des réseaux sociaux.

C’est Twitter, en Turquie, qui a servi avant-hier après-midi de chambre d’écho.

Avec le mot dièse #Kiyiva Vuran Insanlik. En français « L’humanité échouée ».

200.000 occurrences sur Twitter en quelques heures.

Le retard à l'allumage

En Europe, seuls les médias français, on l’a souligné abondamment depuis hier, ont réagi avec retard.

Hier matin, seule la Montagne, le journal de Clermont Ferrand avait retenu la photo. Puis le Monde hier après-midi, pleine Une, avec un excellent éditorial de Jérôme Fenoglio.

Mais sinon hier matin, rien.

Même les JT de 13h ont fait le service minimum : une brève sur TF1, et un sujet au bout de seulement 13’ sur France 2, avec des images floutées.

Sur les grandes chaines de télé, il a fallu attendre les 20h pour que s’opère la prise de conscience.

Comment expliquer ce « retard à l’allumage » ?

  • Il y a certes les délais de bouclage de la presse écrite française : elle réagit lentement sur tout ce qui émerge après 19h.

  • Plus évidente, la « concurrence » des Agriculteurs et de leurs tracteurs. Vieille fascination française quasi mythologique pour toute forme de jacquerie…

  • Enfin, 3ème hypothèse, c’est la plus inquiétante : une hésitation plus ou moins consciente à s’engager sur le sujet, face à la prégnance croissante de la xénophobie dans notre pays.

La réalité

ll y a un autre débat, c’est celui de la décence, faut-il montrer le cadavre d'un enfant mort ?

Le plus souvent, la presse répond « Non » à cette question.

Et c’est tout à son honneur.

Mais il y a des exceptions où il faut montrer. C’en est une.

Cette image n’est ni voyeuriste ni sensationnaliste, elle ne devient indécente que si elle est diffusée en boucle, ou détournée de façon malsaine. A titre personnel, je crois qu’il faut même assumer de ne pas la flouter.

A nous d’avoir ce courage minimum de regarder en face le corps et le visage de cet enfant. Mort.

Ils sont le miroir de notre inaction.

Hier matin, le quotidien écossais The National, je vous le montre ici en studio et vous le verrez sur le site,

The National donc, accompagnait cette image sur toute sa Une, d'un seul mot :

« The reality ».

Le corps d’Aylan, c’est la réalité qui nous claque à la gueule !

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