Ils occupent désormais la scène médiatique. C’était vrai cette semaine avec leurs manifestations en série. Ce sera vrai, encore, la semaine prochaine avec la présentation de la loi Macron. Les patrons sont partout et ils ont d’ores et déjà remporté la bataille médiatique. D’abord sous l’aspect du vocabulaire.

Souvenons-nous, dans les années 70 et même 80, le mot « patron » est très connoté. Lutte des classes, incarnation du grand méchant capital. Le « patron » est alors un mot que la droite elle-même a du mal à revendiquer, à tel point que le sigle CNPF (où le P veut dire Patronat) finit par se transformer en MEDEF, où seul survit le E d’Entreprise.

Entreprise, entrepreneur, voire manager, c’est le nouveau langage à la mode dans les années 90 et 2000.

2014, les « patrons » et le « patronat » sont de retour dans le lexique médiatique, mais c’est très différent car cette fois le vocable est assumé par ses dépositaires. On se revendique « patron ». La connotation péjorative a disparu, y compris dans les médias.

On peut y voir le fait que la presse elle-même, à l’exception de l’audiovisuel public, est détenue par des grands « patrons », les Dassault, Arnault, Bolloré ou Lagardère.

Mais c’est surtout le reflet de l’évolution d’une société et d’une classe politique majoritairement converties à l’idée que les entreprises et leurs patrons sont les moteurs de l’économie.

Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Pierre Gattaz, le président du Médef
Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Pierre Gattaz, le président du Médef © MaxPPP/Alexander Roth-Grisard

Un fort volume médiatique

Certes, la presse ne dit pas que du bien. Elle s’est plu cette semaine à raconter les querelles entre les différentes organisations patronales. Et elle ne se prive pas d’enquêter sur l’opacité de certaines grandes entreprises, dans la banque ou la pharmacie par exemple.

Mais tous ces articles, y compris les plus critiques, entérinent aussi, à leur manière, un état des lieux où le chef d’entreprise est désormais au centre du jeu. On peut au choix s’en féliciter ou le déplorer, mais c’est un fait.

Résultat : cette semaine, dans certains reportages télévisés, consacrés à la question du compte pénibilité, seuls les patrons étaient invités à s’exprimer, jamais les salariés. Disparus, les employés ! Le sujet, ce n’est plus la pénibilité du travail pour le salarié, c’est la difficulté de gestion du compte pénibilité par le patron.

Une communication très au point

Les grands patrons, en particulier, sont désormais ultra préparés à la scène médiatique, entraînés, « coachés » par des professionnels de la communication, qui investissent aussi massivement les réseaux sociaux. Et le ratio entre le nombre de journalistes économiques et le nombre de communicants d’entreprises penche très nettement en faveur des seconds.

Les syndicats de salariés sont généralement beaucoup plus « amateurs »… De temps à autre, rassurons-nous, il y a quand même aussi de l’amateurisme chez les chefs d’entreprise. Savourons donc pour finir ce « clip de comm’ » tourné cette semaine par les patrons de Côte d’Armor pour s’opposer au compte pénibilité.

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