Le lancement en France de la chaine Russia Today, à l'aube d'une année 2018 qui sera très marquée par la Russie sur le plan international, est révélateur de la stratégie d'influence déployée par le Kremlin.

Aéroport international Pulkovo, Saint-Pétersbourg
Aéroport international Pulkovo, Saint-Pétersbourg © Maxppp / Alexandre MARCHI

2018 sera russe. Ce n’est pas moi qui le dis.  C’est un diplomate français de haut rang.

Constat simple au vu d’une double actualité qui va dominer l’année : la très probable réélection de Vladimir Poutine en mars, et l’organisation de la Coupe du Monde de football en juin et en juillet.

Le « retour de la Russie » est déjà flagrant sur les plans économique, diplomatique, militaire.

Mais cela ne suffit pas pour le patron du Kremlin : il s’est aussi lancé dans le « soft power », qui fait la force des Etats-Unis, entreprise d’influence culturelle, via les arts, le sport, la religion, la presse.

Cette stratégie russe s’incarne particulièrement dans les médias, via la chaine Russia Today qui vient de se lancer en France. Il faut prendre son arrivée au sérieux : elle a des moyens, et surtout le « soft power russe » a la capacité pour séduire en France.

D’abord, le contexte idéologique est favorable. La ligne éditoriale de Russia Today, faite d’un mélange de souverainisme, d’euroscepticisme, de méfiance envers l’immigration, fait écho à des préoccupations répandues dans la population française, à droite comme à gauche. 

Ensuite, les autres pôles d’attraction symboliques sont palots : 

-         L’image de l’Amérique de Trump est mauvaise, 

-         L’incapacité politique de l’Europe à aller de l’avant limite son attractivité.

Enfin, le discours de Russia Today sur l’information « alternative » peut porter, à l’heure où de nombreux Français se méfient des médias traditionnels. Qui plus est, en France, nous sommes mal placés pour dénoncer la soumission des médias russes au Kremlin quand nous continuons, nous-mêmes, à pratiquer régulièrement un journalisme déférent vis-à-vis du pouvoir politique.

Un soft power plutôt "hard"

Alors bonne ou mauvaise nouvelle, le soft power russe ?

A première vue, bonne nouvelle pour tous ceux qui défendent la liberté d’expression. Une voix de plus, c’est par définition du pluralisme de gagné. Et il est toujours intéressant de multiplier les points de vue, d’essayer en l’occurrence de comprendre le « regard russe » sur les questions de société ou les équilibres internationaux.

Notre traitement journalistique de certains sujets, l’Ukraine par exemple, est induit par une vision occidentale du monde, donc un peu réductrice. 

Seulement voilà, il y a un hic, et de taille ! Le « soft power » russe… n’est pas soft ! Russia Today et plus encore l’agence Sputnik, sont des médias sous contrôle d’une holding étatique qui revendique l’alignement sur les positions du Kremlin.

Il ne s’agit donc pas seulement d’une « vision alternative » du monde, mais bien, directement ou indirectement, d’organes de propagande. Sous tutelle d’un pouvoir autoritaire. Il n’est qu’à examiner la situation des médias d’opposition en Russie pour comprendre quelle est la conception de l’information de Vladimir Poutine.

Qui plus est, le principe même des « faits alternatifs est un piège tendu à l’information.

Ce concept, également développé en permanence par la logorrhée de Donald Trump sur Twitter, relève d’une stratégie délibérée pour nier le réel. 

Le « soft power » russe… n’est pas soft ! 

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