Agressivité, rejet, mensonges, c'est le joli triptyque auquel la presse aura eu droit pendant cette campagne

Une agressivité sans précédent. Voilà ce qui a frappé dans l’attitude de Marine Le Pen lors du débat avant-hier. Mais à l’endroit de la presse, cette violence ne date pas de mercredi : elle a marqué toute la campagne.

Sur le terrain, les reporters ont été pris à partie par les militants, notamment dans les meetings du Front National mais aussi ceux de François Fillon. A la tribune, sur les réseaux sociaux ou dans les interviews, plusieurs candidats ont attaqué les journalistes :

- Jean-Luc Mélenchon fustigeant… « les médiacrates »,

- Marine Le Pen… « les chiens de berger du troupeau électoral »

- François Fillon… « le tribunal médiatique » !

Ils en ont fait une stratégie de campagne, en pariant sur la défiance d'une partie de la population vis à vis des médias. Résultat : nous avons reçu dans les rédactions des courriels de militants d’une violence inouïe. Certains confrères ont même eu droit… à des lettres de menace !

C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie.Mais c’est aussi, peut-être, la conséquence d’un travail journalistique insuffisant, depuis des années, pour relayer le désarroi de toutes celles et tous ceux qui se sentent déclassés.

A cette agressivité s’est ajouté parfois un rejet pur et simple de la presse. L’entourage de Marine Le Pen a souvent dissimulé les activités de la candidate à la plupart des journalistes. Voire interdit l’accès aux meetings à certains de nos confrères.

Plusieurs candidats ont refusé de répondre à des interviews. François Fillon : Non au Monde ou à Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon : Non à la matinale de France Inter, malgré nos invitations multi répétées.

En fait, certains candidats aimeraient se passer de la presse. Le débat a montré à quel point les journalistes éprouvaient les plus grandes difficultés à s’imposer.

Ces postures nous placent d’ailleurs dans une situation insoluble sur les équilibres stricts requis par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Comment respecter un devoir d’équilibre si un candidat refuse de s’exprimer ?

La méthode Trump

Avec l’agressivité et le refus, il y a un dernier mot clé : le mensonge. Ou plutôt : LES mensonges.

Et là encore c’est sans précédent. Jamais sans doute en France, un candidat finaliste du scrutin n’avait, comme Marine Le Pen avant-hier, aligné une telle litanie d’affirmations erronées, sur l’euro ou sur la GPA, sur SFR ou les travailleurs détachés.

C’est la méthode Trump ! Un ton péremptoire pour asséner un mensonge énorme. Le tout relayé simultanément par une armada de militants sur Internet. Et proféré en direct pour empêcher toute vérification immédiate de l’information. Enfin, cerise sur le gâteau, on accuse la presse de parti pris quand a posteriori elle rétablit les vérités.

La méthode Trump ne semble pas devoir l’emporter cette fois-ci. Mais elle a gagné du terrain lors de cette campagne.

C’est inquiétant.

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