La Mécanique Médiatique : "la cravate et le ni-ni"par franceinter

Vous avez sans doute vu cette image à la télévision avant-hier ; Alexis Tsipras se voyant remettre… une cravate par le président du conseil italien Matteo Renzi…

« Je la porterai quand nos problèmes financiers seront résolus » a rétorqué le nouveau chef du gouvernement grec.

L’image a connu un triomphe médiatique. Parce que c’est un symbole simple.

Alexis Tsipras ne porte pas de cravate.

Le message politique est… efficace: « je suis du côté de l’homme de la rue, je refuse les codes vestimentaires de l’élite, et je rejette la cravate, dont le nœud trop serré conduit à l’étranglement » Métaphore de l’asphyxie financière de la Grèce. C’est donc un calcul de communication politique. Et les médias « achètent » cette image !

Parce qu’elle est « nouvelle », la presse adore la nouveauté.

Et surtout parce qu’elle est porteuse d’une symbolique évidente.

Résultat : les portraits de l’homme à la chemise ouverte se sont multipliés dans les médias, même sous la plume des plus grands défenseurs de l’austérité !

La « non cravate » de Tsipras est un exemple parfait de sémiologie réussie dans le petit manuel des communicants ; presque une Mythologie de Roland Barthes.

Réunion de la dernière chance pour le gouvernement d'Alexis Tsipras
Réunion de la dernière chance pour le gouvernement d'Alexis Tsipras © EPA/MaxPPP

Le Ni-Ni comme la cravate

Il y a des analogies entre les deux.

Là c’est un « mot » symbole.

Vous n’avez pas pu y échapper non plus : le non choix de l’UMP face au duel FN / PS après-demain dans le Doubs.

« Ni-ni », c’est une formule facile, parfaite pour la presse.

C’est court, ça rime, ça claque… Et ça sonne comme une « petite ritournelle de l’enfance » : Sissi, Pipi, Titi… Ni-Ni. !

Ca ne marche pas en anglais, « neither… nor »… Ou en allemand « weder… noch »… Du coup, il n y’a pas de « Ni Ni » politique à Londres ou à Berlin !

Mais en France, oui ! Et au début, comme avec la cravate, c’est d’abord, on l’a oublié, un « coup » de communication politique :

François Mitterrand entrant en campagne en 1988…

Ni Nationalisation. Ni Privatisation. C’est ça, Ni Ni, au départ.

Après c’est donc devenu un « gimmick » de la droite : Ni FN, ni PS !

Sens de la mesure façon Salomon, ou « je m’en lave les mains » de Ponce Pilate, à vous de juger.

En tous cas, pour la cravate comme pour le Ni-Ni, il s’agit, au départ, d’opérations de communication, que les médias relaient avec volupté.

Aller voir derrière les symboles

Oui, souvent les médias glosent sur la formule, le vernis qui brille.

Mais oublient de creuser le vrai sujet derrière. Autrement dit, faire des portraits du beau gosse sans cravate, c’est bien, mais l’essentiel c’est de savoir s’il va pouvoir mener une autre politique économique.

Et titrer sur le Ni-Ni, ça n’a d’intérêt que si l’on interpelle les dirigeants de l’UMP sur leurs différences avec le Front National ou le Parti Socialiste.

Le même mécanisme est d’ailleurs à l’œuvre pour le 3ème mot symbole de ces derniers jours : Apartheid…

Ce mot si chargé d’histoire, prononcé par Manuel Valls pour dénoncer l’état de la société française.

Communication politique efficace, mot symbole, succès médiatique, et on disserte … sur le mot !

Mais la vraie question, c’est le sujet de fond : mettre fin à la ségrégation territoriale et sociale, qui de fait, chacun le sait ou le pressent, existe en France.

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