Areva dans le rouge
Areva dans le rouge © Radio France

Tout le monde a semblé se réveiller… effaré, devant l’ampleur gigantesque des pertes, 5 milliards d’euros. Cet effarement est à l’aune de l’énormité de l’échec industriel…

Mais il démontre aussi que nous avons tous été, les médias au premier chef, un peu… naïfs sur le sujet…

Premier constat : on aurait pu réaliser que les géants du nucléaire nous …cachent des infos ! Et ça ne date pas d’aujourd’hui.

Exemple, en 2008, Pierre Gadonneix alors patron d'EDF annonce une facture de 4 milliards pour l'EPR de Flamanville.

Un an plus tôt c’était 3 milliards. Deux ans plus tard, 5 milliards. Aujourd’hui près de 9 milliards. Le coût du nucléaire en France, c’est… opacité à tous les étages !

Opacité classique des grandes entreprises, doublée de l’opacité liée à un secteur ultra-sensible en termes de sécurité.

Résultat : un Etat dans l’Etat. Face auquel obtenir des informations fiables relève du défi.

La presse face au nucléaire, un match déséquilibré

D’un côté, une petite poignée de journalistes spécialisés sur les questions énergétiques, c’est-à-dire à même d’appréhender, à la fois, des bilans financiers et des enjeux environnementaux.

De l’autre des bataillons de communicants avec des moyens de pression réels. Exemple : il y a 3 ans, La Tribune publie un article évoquant l’hypothèse d’un « renoncement » à l’EPR. Quelques jours plus tard, EDF suspend son budget publicitaire dans le journal. Radical.

En dehors de ce cas extrême, difficile, très difficile dans les cas d’Areva et EDF, de connaître le coût réel de construction des EPR ou les dessous du rachat controversé de l’entreprise canadienne Uramin.

Reste que, face à l’inflation de toutes les factures, du démantèlement de Brennilis à la construction du site de Bure, on aurait pu se douter qu’un drame industriel majeur nous pendait au nez dans le secteur….

Une forme d’aveuglement idéologique et cocardier ?

Le nucléaire, en France, c’est… une forme de dogme dans lequel croient depuis longtemps tous les partis, les écologistes mis à part. Et un fleuron industriel fièrement revendiqué.

Or, on le sait, il existe, sans que ce soit de la connivence délibérée, une forme de porosité entre le discours des élites… et celui des médias. Edifiant, dans le cas d’espèce, de relire les articles de la presse, en 2003 lorsqu’Areva avait décroché le contrat de l’EPR en Finlande…

Ça sentait le cocorico !!! On connait la suite : fiasco !!

Aujourd’hui, la déroute d'Areva doit conduire la presse à se méfier de ce grand « bluff technologique », et à s’interroger :

  • Le rapprochement Areva / EDF est-il vraiment la bonne solution ?

Pas sûr. La formule de François Hollande pour défendre cette idée, « créer une équipe de France du nucléaire », cette formule doit être prise pour ce qu’elle est : de la comm’ !

  • Deuxième question, qui va payer les 5 millliards d’Areva ? Difficile de penser que ce ne seront pas les salariés, et les contribuables.

    • Troisième question, cruciale : quelle est la viabilité économique de ce « business model » du nucléaire, qui certes a, jusqu’à présent, garanti l’indépendance énergétique de la France, mais qui aujourd’hui est peut-être … périmé !

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