Les images du massacre de Las Vegas renvoient aux reportages de guerre présentés au prix Bayeux, et elles interrogent sur la place du journaliste.

Ce sont bien des images de guerre qui nous sont arrivées du Nevada depuis le début de la semaine, avec le massacre perpétré par Stephen Paddock, tel un sniper terroriste tirant indistinctement sur la foule…

Elles font étrangement écho à celles que l’on voit ici à Bayeux, en provenance de Syrie, d’Irak ou de Libye.

Premier constat : avec les attentats islamistes ou les meurtres de masse aux Etats-Unis, c’est… la guerre « à la maison ».

Et parmi tous les travaux journalistiques présentés ici à Bayeux, il en est un, en particulier, qui éclaire les événements de Las Vegas.

Le collectif de photographes Noor propose une exposition très pertinente sur les « conflits oubliés ».

Les médias, par mimétisme, ont tendance à ne se concentrer que sur un seul affrontement à la fois : hier Mossoul en Irak, aujourd’hui Raqqa en Syrie.

Noor nous emmène donc au Pakistan, en Tchétchénie ou sur les bords du Lac Tchad. Là où les médias ne vont pas ou ne vont plus, voir les séquelles des conflits passés ou les germes des conflits futurs.

Et parmi ces zones de tension où nous emmène l’exposition, il y a le quartier South Side de Chicago.

Le grand photographe américain Jon Lowenstein (avec un impressionnant mur d’images fixes ou animées) nous raconte ce Chicago où, l’an dernier, 800 personnes sont mortes par armes à feu !

En 15 ans, nous dit Lowenstein, les armes ont tué plus de civils à Chicago que de… soldats américains en Irak ou en Afghanistan !

Il meurt une personne par arme à feu toutes les 20 minutes aux Etats-Unis.

En d’autres termes, le reporter de guerre a donc peut-être vocation à travailler… en bas de chez lui…

Et cela veut dire aussi qu’un Américain a sans doute déjà été assassiné depuis que vous êtes à l’antenne ce matin, Nicolas...

Des images non journalistiques

Il y a aussi dans tout cela une relation très troublante à l’image…

Ce que décrit Lowenstein à Chicago renvoie, là aussi, aux événements de Las Vegas.

Le photographe nous montre que, désormais, l’image est partout ! Caméras de vidéo-surveillance de la police ou des commerçants, smartphones des habitants.

Tout le monde filme tout le monde !

Avec un risque d’effet miroir : comme si l’image poussait chacun à jouer le rôle supposé que l’on attend de lui.

Par exemple : vous êtes présumé violent, donc vous allez montrer par l’écran interposé que vous l’êtes vraiment !

Et en conséquence, deuxième constat : le journaliste, lui, cesse d’être le détenteur exclusif du témoignage ou de la preuve par l’image.

Revenons à Las Vegas…

Vous avez peut-être vu la vidéo diffusée par la police de la ville.

On y devine la panique des anonymes et on y perçoit le son des armes automatiques utilisées par le tueur.

Ces images font penser à celles des reportages en zone de guerre, prises en courant sous le feu de l’ennemi.

Bien que de mauvaise qualité et très pauvres en information, elles ont été abondamment relayées par les médias.

Elles transmettent un double message de la police :

1. La guerre est chez nous.

2. On est transparent.

Mais là encore, dans le recours à ces images, il y a le risque d’une forme de facilité journalistique.

On ne cherche pas à expliquer.

On se contente de diffuser l’illustration spectaculaire fournie… gratuitement !

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