Au prix Bayeux du reportage de guerre, dont France Inter est partenaire, les journalistes s'interrogent sur la difficulté de couvrir le drame d'Alep, zone devenue inaccessible.

Ruines à Alep, Syrie
Ruines à Alep, Syrie © Maxppp / Ameer al-Halbi \ apaimage

Informer sur Alep: le défi est colossal.

Le principal écueil pour la presse, c’est évidemment celui du terrain… Comment décrire ce qui est devenu une « zone interdite », coupée du monde ?

D’abord éviter la désinformation. Donc éviter... Internet. Les articles de propagande, pro-russe en particulier, y fourmillent. Ils figurent parmi les premières occurrences sur le sujet Alep dans les moteurs de recherche.

Ensuite, ne pas se contenter des réseaux sociaux, de Twitter ou de Skype. On y trouve des témoignages saisissants, comme celle de cette petite fille de 7 ans, Bana Alabed qui chaque jour raconte les destructions de sa ville, dans les quartiers rebelles d’Alep Est. Mais ce sont des "instantanés" difficiles à vérifier.

La seule vraie solution pour vraiment informer, malgré le déluge de bombes, c’est donc le reportage. Etre à Alep. Y aller.

Côté régime syrien, c’est encore possible même si c’est au péril de sa vie. Noel Quidu et Régis Le Sommier de Paris Match viennent de le faire. Côté Alep Est en revanche, là où la population civile est prise en étau entre la tyrannie des islamistes au sol, et les bombes d’Assad qui tombent du ciel, c’est « mission impossible ».

Plus aucun reporter ne parvient à entrer. Mais il reste une poignée de journalistes syriens sur place, notamment Karam Al Masri qui travaille pour l’AFP, et dont les images exceptionnelles sont publiées cette semaine par l’Obs. Son travail est d’une valeur journalistique irremplaçable.

De Alep à Mossoul

Il n’y a pas que le défi du terrain, il y a le défi de l’analyse.

D’abord, assumer le choix de parler d’Alep encore et encore. Malgré le silence sidérant de la plupart des intellectuels.

Malgré la relative passivité des politiques. Il parait loin le temps où, dans la foulée des drames des Balkans, le concept de « responsabilité de protéger » avait commencé s’imposer dans le droit international.

Se souvenir en même temps qu’Alep n’est pas la seule ville martyr. En Syrie, près d’un million de personnes sont considérées, comme étant en « zone assiégée ». C’est Alep puissance 4. Et à l’extérieur de la Syrie, le drame se noue aussi, à Syrte en Libye. Ou à Mossoul en Iraq. Autant de lieux où il faut aussi continuer à envoyer des reporters.

Enfin, se garder des simplifications liées aux situations de guerre, des emballements médiatiques et nationalistes où soudain on se prend à croire qu’il suffit de gagner une bataille pour tout régler. Quand un affrontement militaire s’engage, la propagande règne par définition et rend plus difficile le travail de la presse.

A l’heure où se prépare la bataille de Mossoul, n’ayons pas la mémoire courte : rappelons-nous, que les chaos libyen et irakien d’aujourd’hui sont en grande partie la conséquence des interventions occidentales d’hier…

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