La place énorme accordée à la mort de Johnny Hallyday par tous les médias français est la traduction de la place singulière occupée par le chanteur dans notre paysage national, mais quand l'actualité a vu surgir un autre événement (Jérusalem), les choix ont commencé à varier beaucoup d'un média à l'autre.

Toutes les évidences n’en sont pas. Pour plusieurs confrères étrangers en poste à Paris, la surprise a été de taille devant l’importance considérable accordée, par tous les médias français, à la mort de Johnny Hallyday. 

Comment l’expliquer à un œil extérieur ?

D’abord, la presse française accorde traditionnellement beaucoup de place aux nécrologies. Avec une tendance à l’éloge systématique, tant on redoute qu’un commentaire critique puisse apparaître déplacé à l’endroit d’un mort.

Ensuite, dans le cas cette semaine, de Jean d’Ormesson et plus encore de Johnny Hallyday, nous en sommes en présence de figures populaires, incarnations d’une forme d’éternelle jeunesse, et d’une sorte d’identité française. Johnny, en particulier, était, plus qu’un chanteur, un phénomène de société qui transcendait les classes sociales.

Dans la « Johnny Mania » des médias, il y a donc aussi un désir d’être en adéquation avec le public, une façon de participer d’un mouvement de cohésion nationale devenu rare dans un pays fragmenté.  Johnny c’est comme un besoin de communion collective. 

Communion collective et mimétisme

Ajoutons deux paramètres terre à terre, liés au fonctionnement de la presse.

D’une part, nous étions, avec Johnny, en présence d’une disparition annoncée. La maladie du chanteur, connue de tous, avait laissé tout loisir à la presse, depuis des mois, pour se préparer. Ce n’est pas cynique de le dire. En conséquence, le matériau journalistique était prêt et volumineux.

D’autre part, il y a souvent dans ces cas-là, un effet d’entrainement mimétique. 

Tous les médias regardent ce que font leurs voisins. L’importance accordée à l’événement est ainsi auto-alimentée.

Editions spéciales inarrêtables 

Cet effet d’entrainement peut conduire… plus ou moins loin…

Il peut créer une surenchère dans le choix du vocabulaire. C’est à qui emploiera la formule la plus forte.

Quelques exemples pris ici et là dans la presse écrite ou télévisuelle, peuvent interpeller :

« La mort d’une légende »… « La France orpheline »… « Toute la France pleure »…

Les mots ayant un sens, on a le droit de s’interroger sur ces formules, sans que ce soit faire injure à la mémoire de l’artiste.

Course à l’échalote aussi dans le volume et la durée des éditions spéciales. La difficulté, ce n’est pas de déclencher des éditions spéciales, c’est de les arrêter. Quand elles sont lancées, c’est comme un cheval au galop. Avec en plus un parfum d’addiction. C’est toujours exaltant pour des journalistes de fabriquer une… « édition spéciale ».

C’est un choix simple tant que l’événement concerné écrase tous les autres : c’était le cas, tôt mercredi matin quand Johnny s’en est allé. 

Mais mercredi soir, peu après 19h, un autre événement a surgi : l’officialisation de la décision de Trump sur Jérusalem. Et c’est là que les choix éditoriaux se sont mis à diverger selon les médias. Johnny chez les uns, Jérusalem chez les autres.

Avec cette formulation en toute fin de JT à 20h, après 1h entière consacrée à Johnny : « en bref dans le reste de l’actualité, cet événement historique sur Jérusalem »….

1h pour Johnny, 1’ pour l’événement « historique ». C’est un choix éditorial, respectable par définition.

Mais un indicateur tout simple là aussi, que les « évidences » des uns ne sont pas les évidences des autres. 

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