Hommage devant les anciens locaux de Charlie Hebdo
Hommage devant les anciens locaux de Charlie Hebdo © MaxPPP / Benoit Tessier/pool

Une double… « illusion d’optique ».

C’est le risque encouru avec « l’effet de loupe » ces derniers jours… D’une part sur les commémorations de l’attentat contre Charlie Hebdo, d’autre part sur le débat à propos de la déchéance de nationalité.

La commémoration d’abord. Unanime dans tous les médias, elle est nécessaire. Mais elle peut nous conduire à un excès de « franco centrisme ».

N’oublions pas que la presse est la cible des Djihadistes partout dans le monde. Etre journaliste, en particulier, sur des terres contrôlées par les Islamistes, c’est vivre un enfer.

C’est… mourir.

Ruqia Hassan, dont on a appris la disparition avant-hier : cette reporter défiait le groupe Etat Islamique en continuant à raconter le quotidien de Raqqa en Syrie. Assassinée.

Naji Jarf, syrien lui aussi.

Il venait de fuir son pays, après une enquête sur les violations des droits de l’homme à Alep.

Tué il y a quelques jours à Gaziantep en Turquie.

Jalaa Adnan al Abadi, photojournaliste irakien assassiné en juillet dernier à Mossoul.

Hindiya Mohamed, journaliste de télévision somalienne, tuée il y a un mois dans l’explosion de sa voiture, sans doute l’œuvre des Shebabs affiliés à Al Qaida.

Zahman Mehsoud, journaliste pakistanais, assassiné en novembre par les groupes talibans. Les Djihadistes ne visent pas seulement la liberté d’expression « à la française ». Ils ne supportent pas l’information indépendante, tout court, où que ce soit.

L'encre de la déchéance de nationalité

Ah, pour avoir coulé, l’encre a coulé !

Depuis 10 jours, des centaines et des centaines d’articles, de commentaires, de reportages, d’analyses ont inondé la presse sur la déchéance de nationalité.

Ce « succès médiatique » repose sur plusieurs ressorts :

  • C’est un débat symbolique, et la France « adore » ça.

  • Il porte sur un concept, « la nationalité » qui, dans un climat idéologique désormais dominé par le FN, vous assure aussitôt la Une.

  • Et c’est un débat marqué par une incroyable cacophonie politique, comme la presse aime… à s’en pourlécher les babines !

La controverse a lieu d’être.

Mais le volume éditorial qui lui est consacré est discutable, au regard de l’intérêt réel de la société pour ce sujet susceptible de ne concerner qu’une poignée d’individus.

Ce "chiffon rouge", cet « arbre » de la déchéance de nationalité, cache la « forêt » d’un sujet qui aura plus d’impact sur nos vies quotidiennes : le projet de loi antiterroriste.

Assouplissement de l’utilisation des armes des policiers, facilitation des perquisitions de nuit, élargissement des mesures d’assignation à résidence, rétention pour contrôle d’identité sans la présence d’un avocat, etc.

Chacune de ces mesures mérite débat.

Alors essayons de ne pas regarder uniquement… le chiffon rouge.

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