En deux ans, la couverture journalistique des épisodes de pollution a évolué: moins de sujets sur les automobilistes mécontents, plus sur les conséquences sanitaires

La mise en place de la circulation alternée à Paris, puis dans d’autres villes cette semaine, a suscité une forte couverture médiatique.

L’intensité et la durée de ce pic de pollution ne suffisent pas à expliquer ce fort intérêt journalistique. Il y d’autres « ingrédients ».

D’abord… des images spectaculaires, dont la télévision est gourmande : Tour Eiffel aux pieds rendus invisibles par les particules, levers de soleil voilés par la brume toxique, un peu comme dans un film de science-fiction.

Ensuite, il y a la partie ludique : « les gendarmes et les voleurs » ! Toujours télégénique ou radiogénique : le reportage sur les forces de l’ordre qui essaient de repérer les contrevenants à la mauvaise plaque d’immatriculation. Un parfum de roulette : pair, impair… et manque !

Ajoutons la dimension politique, qui contribue elle aussi à cette mise en avant journalistique. Cet épisode démontre que les maires des grandes municipalités sont désormais en première ligne dans la lutte contre la pollution, bien avant les gouvernements.

Quatrième paramètre : les journalistes de la presse nationale. Basés à Paris, ils sont par définition sensibles aux sujets franciliens. Et comme beaucoup de Franciliens, depuis quelques jours, ils toussent.

Les malades avant les automobilistes

Dernier paramètre, et non des moindres : les automobilistes…

Les… Automobilistes…. Des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs en puissance ! C’est simple : un sujet qui concerne l’automobiliste est assuré d’avoir une bonne place dans les médias. Comme toujours avec la circulation alternée, impossible d’échapper au lot de « micro trottoirs » d’automobilistes mécontents. Titre du Parisien avant-hier, Pleine Une : « Mais quelle pagaille ! »

Cela dit, les temps changent… Il est édifiant de comparer les reportages de cette semaine avec ceux publiés en mars 2014, lors d’un épisode de pollution précédent.

Il y a 2 ans, les sujets « automobilistes » occupaient l’essentiel de l’espace. Cette fois-ci, les sujets santé prennent le dessus. La presse, dans sa grande majorité, a pris conscience que la pollution est la 3ème cause de décès prématuré en France, presque autant que l’alcool, et plus si loin du… tabac. Et on voit aussi poindre des articles sur les autres moyens de lutte contre la pollution, car la circulation alternée, même appliquée strictement, n’y suffira pas :

- la réduction des émissions industrielles,

- la diminution du chauffage au bois,

- la nécessaire conversion du parc automobile vers l’électrique,

- le développement du télétravail pour limiter les déplacements.

Le vrai sujet,… ce n’est pas la pagaille automobile. C’est bien… la pollution.

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