Depuis 8 jours, le candidat LR n'a pas de mots assez violents pour critiquer l'attitude de la presse à son propos. Alors y-a-t-il "lynchage" ? Ou exercice de salubrité ?

Conférence de presse de François Fillon le 6 février 2017 après la polémique d'emploi fictif dont est accusée son épouse
Conférence de presse de François Fillon le 6 février 2017 après la polémique d'emploi fictif dont est accusée son épouse © Maxppp / Thomas Padilla

« Meute médiatique » … « Hallali médiatique » … « Lynchage médiatique »… « Attaque médiatique sans précédent sous la Vème République » !

Voilà quelques-unes des formules utilisées par François Fillon et ses soutiens depuis une semaine, pour qualifier les enquêtes de la presse à son endroit. Les mots sont forts.

Hier soir encore, dès le début de son meeting à Poitiers, le candidat LR s’en est pris, je cite, au… « tribunal médiatique » !

Il n’a pas tort. D’abord, il peut, de bonne foi, se sentir injustement attaqué. Ensuite, il peut penser, toujours de bonne foi, que la presse enquête trop sur lui et pas assez sur ses rivaux. De même, il n’a pas tort quand il dénonce la tentation de certains journalistes de se poser en Robespierre faisant fi de la présomption d’innocence.

Plusieurs affaires précédentes, on pense notamment à DSK, ont montré qu’à confondre journalisme et magistrature, on peut se fourvoyer.

Il n’a pas tort enfin, de souligner qu’en pleine campagne présidentielle, ce genre de scandale est forcément instrumentalisé. Les journalistes courent alors le risque de devenir les « idiots utiles » du populisme.

La méthode Trump

Donc François Fillon n’a pas tort. Mais il n’a pas raison non plus…

Relevons d’abord un paradoxe : quand il parle de « lynchage médiatique », il le fait en direct à la télévision. Devant 200 journalistes !

Il utilise donc les médias pour dénoncer… les médias… Il y a là un petit parfum de Donald Trump.

Ensuite, il procède à un amalgame dont, en homme cultivé, il sait très bien l’inexactitude. Un examen attentif de la quinzaine écoulée fait apparaître au contraire une grande diversité de traitement journalistique sur le « Penelope Gate ». Par exemple, de nombreux éditorialistes ont pris la défense de François Fillon.

Ensuite, il est faux d’affirmer que ce serait sans précédent sous la Vème République. C’est l’inverse ! De Markovic à Clearstream en passant par les Diamants de Bokassa ou les emplois fictifs de la ville de Paris, il n’est quasiment pas une campagne présidentielle qui n’ait été ponctuée par son affaire.

Enfin, il utilise une ficelle éculée : dénoncer la presse quand elle enquête sur vous. Or il est sain que la presse vous « passe au scanner » quand vous êtes candidat à la fonction suprême. Ça s’appelle un garde-fou démocratique. Et si la presse insiste et donne l’impression de s’acharner, c’est parce que les réponses ne sont pas venues sur la réalité du travail effectué par Pénélope Fillon.

Quand les médias bafouent la présomption d’innocence, ce n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie.

Mais quand un dirigeant politique fustige violemment la presse, est-ce une bonne nouvelle pour la démocratie ?

Je vous laisse juges.

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