La couverture médiatique des révélations de cette semaine a été d'une ampleur très variable selon les titres de presse. Il y a en arrière plan un choix éditorial important qui renvoie à une question de morale, et au rôle de la presse sur ces sujets.

Enorme couverture dans certains titres de presse, toute petite dans plusieurs autres, avec tout l’éventail entre les deux. Comment expliquer de tels écarts sur le traitement médiatique des Paradise Papers ?

La première raison est… prosaïque : pour traiter au mieux d’un sujet, il faut posséder les informations.  En l’occurrence, appartenir au consortium international des journalistes d’investigation, qui regroupe 96 médias de 70 pays différents.

Or en France, la liste est toute petite : 

-         les chaines de Radio France grâce à l’équipe d’investigation de Jacques Monin, donc France Inter, France Info, France Culture ; 

-         le quotidien Le Monde ; 

-         et l’agence Premières lignes, qui produit le magazine de télévision Cash Investigation.

Et … c’est tout !!!

Seuls ces quelques médias ont donc pu travailler, depuis de longs mois, sur ces 13 millions de documents et vous livrer toutes les infos !

Dans la foulée, plusieurs autres organes de presse, les télévisions notamment, ont abondamment traité du sujet, mais uniquement en réutilisant nos informations. Ca n’est d’ailleurs pas un problème. Puisque ces révélations ont vocation à circuler le plus largement possible.

Enfin 3ème catégorie, plus présente en presse écrite, ceux qui non seulement n’avaient pas les infos, mais qui ont leur accordé une place… rikiki. 

Refus déontologique de reprendre les infos des concurrents, c’est noble, c’est possible.

Mais il peut aussi y avoir un soupçon d’embarras face à des révélations qui concernent votre… propriétaire.  Rappelons que Bernard Arnault d’un côté, Dassault de l’autre, ont été épinglés dans ces Paradise Papers, et qu’ils possèdent, l’un Le Parisien et Les Echos, l’autre Le Figaro.

La morale et le droit

Faire ou ne pas faire, ça peut être aussi tout simplement un choix éditorial revendiqué ! En l’occurrence, c’est un bien un choix qu’ont fait les chaines de Radio France.

Adhérer à ce consortium d’investigation, c’est considérer que la presse doit enquêter sur ces tentaculaires affaires internationales, reflets de la finance mondialisée.

C’est aussi réaliser que seule une coopération entre des dizaines de médias et des centaines de journalistes peut permettre d’enquêter sur ces sujets, en épluchant, pendant des mois, des millions de fichiers.

C’est enfin assumer une posture morale. Une objection intéressante a été soulevée, y compris dans certains titres de presse, face à ces Paradise Papers : pourquoi leur accorder autant d’importance alors que les pratiques fiscales décrites sont légales ? 

La réponse est : précisément parce qu’elles sont légales. C’est là toute l’histoire !

Dans certains cas, aujourd’hui, monter des sociétés écrans en série pour échapper à la TVA via des paradis fiscaux, y compris sur le sol européen, c’est… légal.

Pour un journaliste, décrire ces pratiques, c’est donc bien soulever une question, non pas de droit, mais de morale. Montrer comment d’un côté une infime poignée de riches particuliers ou entreprises s’organise pour échapper à l’impôt, à l’heure où d’un autre côté montent les populismes, oui c’est bien soulever une question de morale. 

Ou d’adéquation du droit avec la morale. 

Est-ce le rôle de la presse ? Ma réponse personnelle est assez simple : OUI.

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