Tirons d'abord un coup de chapeau à tous les journalistes qui suivent pied à pied les négociations de la COP 21, censées désormais aboutir demain, au Bourget, après des mois de discussions. Pourquoi ? Parce que c’est… très compliqué !

François Hollande (4e à gauche), Narendra Modi (5e) et Ban Ki-Moon (6e droite) - COP21
François Hollande (4e à gauche), Narendra Modi (5e) et Ban Ki-Moon (6e droite) - COP21 © Zhou Lei/Xinhua Press/Corbis

D’abord c’est compliqué… techniquement.

Pour saisir les enjeux de fond et comprendre les méandres du texte soumis à la négociation, il faut être spécialiste à la fois d’environnement, de sciences, et d’économie.

Il faut se forger un avis au milieu d’une multiplicité de sources : les ONG, les chercheurs, les grands patrons, les politiques.

Et il faut savoir désamorcer les arguments erronés des « climato-sceptiques », sans passer pour autant pour un apôtre du politiquement correct.

Sans oublier… les risques physiques : dans certains pays, en particulier en Asie, il ne fait pas bon enquêter sur les catastrophes environnementales : certains de nos confrères l’ont payé de leur vie.

Les excès et les pressions

Sur ce sujet du climat, les journalistes sont confrontés à de multiples pressions.

  • Les pressions des lobbies économiques, qui aimeraient bien nous faire passer des vessies pour des lanternes sur la pollution automobile.

  • Les pressions des politiques : chaque gouvernement privilégie ses intérêts, et s’efforce de monopoliser l’attention des journalistes de son propre pays.

  • Les excès du militantisme écologique, où les bons sentiments l’emportent parfois sur le réalisme économique.

Ajoutons à ce paysage le double écueil du « trop grand » et du « trop petit ».

D’un côté voir le sujet par le « petit bout » de la lorgnette : les simples caprices de la météo, ou les embouteillages créés par la circulation alternée.

De l’autre le « trop grand », le propos catastrophiste et apocalyptique, tellement anxiogène qu’il en devient inefficace.

Le long terme ou l'urgence du jour ?

Trop sur le climat !

L’argument est régulièrement avancé.

Trop de reportages…

Trop éloigné du quotidien, du chômage, du pouvoir d’achat ou de la sécurité.

L’argument… ne tient pas.

Regardons les « Unes » des hebdomadaires : quasiment pas une seule couverture sur le climat depuis 5 ans !

Seul L’Obs a « osé » (quelle audace !) avec Nicolas Hulot, mi-novembre, pour l’ouverture de la COP21.

Et cette semaine, dans les journaux télévisés, les négociations sur le climat ont été régulièrement reléguées au rang de brèves.

Quant aux catastrophes écologiques en cours, les incendies en Indonésie, la coulée de boue toxique au Brésil, très peu de média les ont traitées.

Donc nous sommes bien plus dans le « pas assez » que dans le « trop ».

En fait, traiter du climat relève du défi pour le journaliste, comme pour le politique.

C’est inverser l’ordre habituel de ses priorités : faire passer, pour une fois, l’enjeu du long terme avant l’urgence du jour.

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