Paris, France 9 Mars 2016 Manifestation contre la loi travail place de la nation
Paris, France 9 Mars 2016 Manifestation contre la loi travail place de la nation © Nicolas Kovarik/IP3/maxppp
« Entre 200.000 et 500.000 jeunes, lycéens et étudiants, dans la rue »… C’est par ces mots qu’a débuté le journal de 20h sur TF1, avant-hier soir.Pourtant, les « jeunes » n’étaient pas les seuls à battre le pavé, mercredi. Il y avait aussi des salariés, des syndicalistes, des retraités. Mais lycéens et étudiants ont, de loin, bénéficié de la plus forte exposition médiatique. Autre indice : les titres et les photos de la presse écrite. Une du Monde : « préavis de rupture avec les jeunes ». Le Figaro page 2 : une seule photo pour illustrer le sujet : de jeunes manifestants. Idem dans La Croix ou Les Echos. Libération, toujours hier : 6 des 8 photos publiées sont des images de lycéens et d’étudiants, dont la Une. Seule L’Humanité, fidèle à sa tradition, a privilégié les cortèges syndicaux classiques. ### **L'huile sur le feu** Pourquoi une telle polarisation de l’attention médiatique sur le volet « jeunes » de ce mouvement de contestation ? Il y a plusieurs raisons. D’abord, les journalistes savent que les mouvements de jeunesse ont un poids politique fort en France. En particulier sous la Vème République. On les surveille donc comme l’huile sur le feu. A fortiori quand il existe un référent évident dans un passé encore présent dans la mémoire collective, en l’occurrence la mobilisation contre le CPE il y a 10 ans. Par-dessus le marché, cette fois-ci, la contestation est porteuse d’une contradiction majeure pour François Hollande, qui a affirmé faire de la jeunesse… sa priorité ! La deuxième raison, c’est la crainte médiatique de… « passer à côté de quelque chose ». La crainte en particulier de « rater » un mouvement apparu sur Internet, via un slogan, « On vaut mieux que ça », porté par une vidéo sur YouTube et un mot dièse sur Twitter. Ajoutons le traumatisme du souvenir du « Non » au référendum européen de 2005 où les médias avaient été montrés du doigt pour avoir prôné le « Oui »… Et vous avez les ingrédients d’une attention journalistique forte aux mobilisations qui naissent sur les réseaux sociaux prisés des jeunes, en dehors des circuits institutionnels. ### ### **Une proximité affective** La troisième explication renvoie au « profil » des journalistes… D’une part, le métier de journaliste est, lui aussi, frappé de plein fouet par une précarisation croissante : nos jeunes confrères ont de plus en plus de difficultés à obtenir un CDI. Il y a donc une sensibilisation de notre profession aux sujets au cœur du débat sur la loi travail. D’autre part, les jeunes qui descendent aujourd’hui dans la rue, ne sont pas … n’importe quels jeunes. Il s’agit moins d’une jeunesse désœuvrée et déclassée que d’une jeunesse diplômée et redoutant le déclassement. Autrement dit, les journalistes voient un peu… leurs enfants défiler dans la rue… L’exposition médiatique de cette mobilisation relève donc aussi d’une proximité sociologique et… quasi-affective !
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