La presse s'était plantée sur le Brexit. Elle s'est plantée sur Trump. Malgré un vrai travail de reportage. Alors comment expliquer cette faillite ?

Le président élu des États-Unis, Donald Trump, rencontre le président de la Chambre, Paul Ryan, à Capitol Hill, Washington, États-Unis, le 10 novembre 2016
Le président élu des États-Unis, Donald Trump, rencontre le président de la Chambre, Paul Ryan, à Capitol Hill, Washington, États-Unis, le 10 novembre 2016 © Reuters / Joshua Roberts

Incapable d’anticiper le séisme Trump.

Disons le tout de go. La presse, outre Atlantique comme ici, s’est… gravement plantée !

Cette faillite s’explique. La presse n’a respecté qu’un seul fondamental : celui du terrain.

Réécoutez par exemple, les reportages sur cette antenne de Frédéric Carbonne, Claude Guibal, Géraldine Hallot : ils dévoilaient, avant scrutin, la forte mobilisation anti establishment de l’électorat Trump, et le déficit d’adhésion à la candidature Clinton.

Les témoignages recueillis dans les « Etats clés » étaient édifiants. Le travail de reportage a donc été fait. Mais ça ne suffit pas.

Car pour le reste, la presse s’est fourvoyée.

Première erreur, maladive : la confiance aveugle dans les sondages. Oui, tous prédisaient la victoire des Démocrates. Tout comme il y a 6 mois, outre Manche, tous prédisaient que le Brexit serait rejeté. Et comme un seul homme, la presse, toujours obnubilée par la prétention absurde de prédire l’avenir, a emboité le pas à ces enquêtes qui, toutes, avaient sous estimé la mobilisation d’un camp et surestimé la mobilisation de l’autre.

Deuxième erreur, tout aussi mécanique : l’effet de mimétisme. A de rares exceptions, les journalistes n’ont de cesse de regarder ce que disent… leurs confrères. Comme la presse américaine (du moins celle dont on parle en Europe), prédisait et défendait la candidature Clinton… la presse européenne, dans la plupart de ses éditoriaux, a fait de même. Comme un effet d’entrainement.

« La bonne candidature, c’est Clinton ». Il le dit, tu le dis, je le dis, nous le disons, etc !!

Condescendance et rejet

Plus grave, la condescendance vis-à-vis du réel C’est la troisième erreur, la plus lourde de conséquences.

Une partie de la population journalistique persiste à prendre de haut cet électorat qui rejette l’élite et veut sortir tous les sortants, cette classe moyenne souvent déclassée qui a peur, de l’immigration en particulier et de l’avenir en général.

Culturellement plus proche des élites, les journalistes ont parfois spontanément tendance à défendre leur vision. Ils font en conséquence l’objet du même rejet. Conséquence : cet électorat s’informe de moins en moins via les médias traditionnels. Il leur préfère la « partition » des réseaux sociaux en circuit fermé avec en clé de sol, les théories du complot.

Ces deux mondes ne se « parlent plus ». Or, c’est aux journalistes de faire l’effort pour rétablir le lien. De cesser d’être imbus d’eux-mêmes. D’écouter le terrain. On ne combat pas la peur par le déni.

Si la presse continue de suivre aveuglément les sondages, si elle continue de se copier elle-même, et surtout si elle persiste à traiter avec condescendance la colère venue d’en bas, alors nous aurons « Jamais deux sans trois ».

Après le Brexit, après Trump, ce sera la France au printemps prochain.

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